ENJEUX ECONOMIQUES « Les entreprises minières et l’obligation de développer l’activité agricole »

Le vendredi 26 février 2010, la tradition a été respectée chez Synergy Group. Réunis autour de la table, cadres et consultants ont débattu d’un sujet d’actualité à caractère économique et financier animée pour la circonstance par le consultant Laurel PUNGU. Ils en ont tiré les leçons de formuler des stratégies pour le devenir du Congo.
Du thème mis en relief, il faut noter que l’option levée par le gouvernement provincial du Katanga paraît salutaire à plus d’un titre. Elle arrive au moment où l’ensemble de l’espace physique de cette province minière – morcelée en carrés miniers – est cédé aux opérateurs miniers pour son exploitation. A ce jour, près de 72% de la superficie du Katanga qui mesure 496.877 km2 sont consacrés à l’exploitation minière. Le solde – soit 28% des terres – est répartie entre l’activité agropastorale, la chasse, la pêche, l’habitat, les infrastructures, la conservation de la nature (faune et flore) et le tourisme.

Il nous revient d’apprendre que cette politique nationale de céder tout l’espace katangais aux exploitants miniers comporte, à termes des conflits en termes de propriétés foncières, de sous production agropastorale, de crise alimentaire, d’appauvrissement du sol avec des répercussions sur la santé humaine et animale. D’après les informations en notre possession, il semble bien que les exploitants miniers, désireux de rentrer dans leurs frais à très court terme, s’intéressent peu au sort des communautés humaines locales, à l’environnement, aux infrastructures sociales à développer au bénéfice des populations riveraines.

Ainsi, conscient de tous ces enjeux, le gouvernement provincial du Katanga a fait obligation aux opérateurs miniers de consacrer une partie de leurs concessions minières – un minimum de 500 hectares – à l’activité agropastorale. Une telle politique serait un héritage de celle pratiquée par la colonisation belge en la matière. En effet, tout en mettant en valeur les gisements miniers, elle réservait une partie des terres à l’agriculture et à l’élevage. Ce qui a permis à la GECAMINES de diversifier son objet social en pratiquant l’agriculture, et en promouvant la petite industrie de transformation à travers les minoteries.

Une telle politique a permis au géant minier congolais de fournir des denrées alimentaires de base, non seulement à son personnel, mais aussi à une bonne partie de la population locale. Pour nombre d’observateurs, ce que tentent de faire les autorités provinciales du Katanga c’est de tempérer un peu les excès (du moins les insuffisances) d’une politique minière nationale conçue et exécutée à partir de Kinshasa. Lubumbashi ne manque pas d’arguments. L’on estime que les ressources minières ont une existence limitée dans le temps – les gisements s’épuisent – et qu’il faudra songer dès à présent à développer et à diversifier l’activité économique par la promotion de l’élevage et de l’agriculture. Faut-il pour cela regarder du seul des opérateurs miniers ?

Certes, non. Mais du moment que les exploitants se sont accaparés de près de ¾ de la superficie de cette province, ils devraient tirer toutes les conséquences économiques et sociales d’une telle redistribution qui ne tient compte que de leurs intérêts économiques. Sinon, les revendications et les conflits qui vont naître pousseront à la violence, du moins à une réforme agraire forcée. Pour nombre d’observateurs, la démarche entreprise au Katanga devrait inspirer les autres provinces qui voient déferler chez eux des opérateurs économiques qui ignorent superbement que le Congo a des intérêts à préserver.

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