Kinshasa : le problème du déficit en eau potable reste entier

Grande métropole située au cœur de l’Afrique subsaharienne, Kinshasa – capitale de la République démocratique du Congo – est une ville de plus de 6 millions d’habitants (estimation à vue d’oeil). Ce faisant, les besoins en eau de cette population sont énormes. Les spécialistes les évaluent à plus de 750.000 m3 par jour.

Face à ces besoins, la Regideso – la compagnie publique qui assure la production et la distribution de l’eau – ne savait fournir que 220.000 mètres cubes/jour par son usine de la N’djili, établissant un déficit de production de 530.000 m3/jour. La Regideso est ainsi comptable d’un taux de dessert d’environ 29% des besoins en eau courante et potable fournie aux ménages par des canalisations de type moderne. En vue de relever ce défi social majeur, la Régideso vient de réaliser un coup double. A la faveur d’un financement de 51 millions d’euros obtenus de la Banque mondiale dans le cadre du PMURR (Programme multisectoriel d’urgence de réhabilitation et de reconstruction), elle accru sa capacité de production et amélioré la desserte en faveur de sa clientèle à Kinshasa.

CAPACITES AMELIOREES
A ce jour, la Regideso/Kinshasa revendique une production totale de 484.000 m3 cubes/j, en hausse théorique de 120% de ses capacités. Mais, ce niveau de production ne répondrait qu’à 64,5% de la demande kinoise, et reste largement en deçà des besoins exprimés, faisant un gap de 266.000 mètres cubes à combler. Dans les milieux officiels, l’on estime que l’amélioration constatée va permettre à cette compagnie d’Etat – l’unique opérateur du secteur – de rétablir la desserte en eau dans plusieurs communes de Kinshasa dont Gombe, Kinshasa, Lingwala, Kasa-Vubu, Bumbu, Ngiri-Ngiri, Selembao, Kintambo et Bandalungwa. De même à Makala, Mont-Ngafula et certains quartiers de Kimbanseke.

Une source proche de la Banque mondiale à Kinshasa laisse entendre que le projet en question consistait en « la réalisation d’un nouveau déversoir dans la rivière N’Djili en aval du barrage actuel, la réhabilitation des ouvrages existants, la réhabilitation d’un troisième module de dessablage, la pose de 19.300 m de grosse canalisation variant entre 250 et 1.000 mm, la construction et l’équipement d’un nouveau réservoir d’une capacité de 2.300 m3 ».

RENDEMENTS ACCRUS

L’usine de la N’djili devrait fonctionner au maximum de sa capacité avec une eau en quantité améliorée. Les deux anciennes usines réhabilitées d’une capacité nominale de 110.000 m3 /jour chacune vont permettre à la compagnie de retrouver son niveau de rendement initial de 220.000 m3 contre 140.000 m3/jour avant ce projet. L’usine de N’Djili (330.000 m3/jour) – la plus importante des quatre unités implantées dans la capitale congolaise, devance celles de Ngaliema (85.000 m3/jour), de Lukunga (45 000 m3/jour) et celle de la Lukaya (24.000 m3/jour), la toute nouvelle usine.

LIMITES ET DEFIS

Cependant, des observateurs notent qu’en matière d’eau et malgré ces efforts consentis, le Congo serait loin d’atteindre les « Objectifs du Développement du Millénaire » qui imposent à chaque gouvernement « de réduire de moitié d’ici à 2015 le pourcentage de la population n’ayant pas accès de façon durable à l’eau potable et à l’assainissement de base ». En RD Congo, il est de notoriété publique que les populations de l’intérieur du pays consomment l’eau naturelle non traitée, puisée dans diverses sources : les rivières, étangs, lacs, puits et marécages. L’on constate est net recul des activités de la Régideso et dont la gestion quotidienne est confrontée aux problèmes récurrents de vétusté des infrastructures, d’approvisionnements en énergie électrique et en consommables. A titre de comparaison, une note de la Banque mondiale indique qu’en Afrique subsaharienne, le Sénégal est leader en la matière. « Pas moins de 98% des Sénégalais ont accès à l’eau potable en milieux urbains ».

PERSPECTIVES

Le 22 mars 2010, date retenue pour la célébration de la « Journée mondiale de l’eau », sera l’occasion pour le nouveau ministre de l’Energie, Gilbert Tshiongo, de mettre l’accent sur « la qualité de l’eau et son importance pour les écosystèmes et le bien-être de l’humanité », thème retenu par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement. Pour la RD Congo, le défi est double : Résoudre la question de l’obsolescence des infrastructures de production ; conduire des politiques qui permettent aux consommateurs congolais de tirer profit de l’énorme potentiel hydrographique dont la nature fait bénéficier le pays.

Entreprendre.
© 2010 Magazine Entreprendre