RDC-Canada : relations bilatérales et « projet KMT » à l’ordre du jour

Une nouvelle ère s’ouvre dans la coopération entre la RDC et le Canada. Elle est marquée par la visite, la première, d’un gouverneur du Canada en RDC. S’il est vrai que les deux pays saisiront cette opportunité pour redynamiser leur coopération, il n’en demeure pas moins vrai que le climat des affaires sera également à l’ordre du jour.

Le dossier mettant en cause l’entreprise minière Kingamyambo Musonoi Tailings (KMT), projet à capitaux majoritaires canadiens, mais résilié depuis août 2009 par décision du gouvernement, pourrait bien s’inviter dans le débat.

Mme Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada, est arrivée hier dimanche 18 avril pour la toute première fois en RDC. Elle y effectue ainsi une visite d’Etat et son séjour représente un enjeu majeur sur le plan diplomatique entre les deux Etats, selon des milieux diplomatiques à Kinshasa.

C’est la forme de contact diplomatique la plus élevée qu’entreprend la gouverneur générale en RDC. Car toutes les visites du gouverneur général du Canada joue un rôle important dans le resserrement des liens qu’entretient le Canada avec d’autres pays. On s’attend à ce qu’il en soit ainsi pour donner un nouvel élan dans le cadre des relations bilatérales entre la RDC et le Canada.

D’après le calendrier établi par l’ambassadeur du Canada à Kinshasa, Michaëlle Jean vient rencontrer les femmes victimes des violences sexuelles à Goma au Nord-Kivu. Pendant huit ans, Michaëlle Jean a travaillé dans des maisons d’hébergement et de transition pour femmes victimes de violences conjugales.

A Kinshasa, le calendrier de son séjour prévoit également des entretiens avec le président de la République et le Premier ministre. Elle prononcera aussi une allocution devant les deux chambres parlementaires réunies.

Du côté social, elle visitera la Clinique de Ngaliema, une institution médicale soutenue par la coopération canadienne. Kinshasa est la première étape de sa première tournée dans les pays des Grands Lacs. Une tournée qui s’explique par le fait que c’est le Canada qui préside le « Groupe des Amis des Grands lacs » dans le cadre de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs.

A noter que Michaëlle Jean est la 27ème gouverneur à prêter serment en qualité de gouverneure générale et commandante en chef du Canada en septembre 2005 devant la Reine d’Angleterre. Son titre correspond à celui d’un chef de l’Etat dans d’autres pays. Compte tenu du type de régime politique en vigueur au Canada, la gouverneur règne mais ne gouverne pas. La gestion quotidienne est assurée par le gouvernement.

Le projet KMT s’invite dans le débat

L’arrivée en RDC de la guverneure générale du Canada alimente le débat en sens divers. Surtout, lorsqu’on se réfère à l’épilogue qui entoure la résiliation, depuis août 2009, du contrat d’association portant sur le projet minier Kingamyambo Musonoi Tailings (KMT), financé à 65 % par la firme canadienne First Quantum Minerals (FQM). Ce projet, résilié de manière cavalière par le gouvernement, implique également l’institution financière sud-africaine, Industrial Developpment Corporation (IDC), et la Société financière internationale (SFI), filiale de la Banque mondiale.

En l’absence d’un compromis à l’amiable à cause, rapportent diverses sources, de l’intransigeance du gouvernement à revenir sur sa décision, le litige impliquant les trois actionnaires étrangers de KMT (FQM, IDC et SFI) et la RDC et Gécamines, réunis, a été porté depuis février 2010 devant l’instance arbitrale de Paris (France). Cependant, les actionnaires étrangers de KMT n’ont pas exclu toute possibilité de solutionner ce contentieux à l’amiable en revenant sur la table des négociations.

Option à laquelle la RDC a exprimé un avis de non recevoir, rappelant, à plusieurs reprises, comme c’est le cas dernièrement lors de la conférence minière d’Indaba (Afrique du Sud), ses préférences à un opérateur autre que FQM.

Aussi, dans les milieux spécialisés, l’on suppose que le passage à Kinshasa de la gouverneure générale du Canada pourrait-elle aider à faire avancer ce dossier, et notamment ramener le gouvernement sur la table des négociations en vue d’une solution mutuellement profitable aux différentes parties impliquées dans ce projet, dont l’Etat congolais et la Gécamines qui en détiennent, respectivement 5 % et 12,5 % des actions.

Bon nombre d’observateurs n’excluent pas que lors de ces entretiens avec le Premier ministre, Adolphe Muzito, la gouverneure générale du Canada saisira cette opportunité pour évoquer le dossier « KMT ». Depuis lors, les deux parties sont à la recherche d’un compromis encore insaisissable.

L’on se rappellera que devant l’attitude révulsive du gouvernement congolais, le Canada avait émis de sérieuses réserves lors des assurances financières exigées du Club de Paris par le FMI avant toute conclusion d’un accord formel avec la RDC. Aussi, le Canada s’était-il montré dubitatif pour donner son aval quant à la signature de ce nouveau programme économique du gouvernement avec le FMI. Il a fallu plusieurs interventions, notamment celle des Etats-Unis, pour voir le Canada adopter une position flexible lors de la réunion de Washington pour que cette signature devienne effective.

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