50 ans après, quelles infrastructures pour la RD Congo ?

Les infrastructures, en l’occurrence les routes, les chemins de fer, les ports et les aéroports, l’aménagement urbain ou encore les nouvelles technologies de l’information et de la communication… occupent une place de choix dans les Cinq chantiers de la république. En marge des 50 ans de la RDC, nous avons initié une autopsie de la situation des infrastructures dans le pays et dégagé des pistes de solution pour doter les populations des équipements modernes à même de répondre à ses desiderata.


Les routes

En 1960, lorsque le Congo accède à l’indépendance, le pays fonctionnait avec 145.000 km de réseau routier dont 7.400 km de voies urbaines et 58.305 km de routes d’intérêt général. Sur ce total, seulement 2.801km de routes sont revêtues et moins de 700km en bon état.

Les causes de la dégradation du réseau routier national sont le vieillissement et le manque d’entretien, le non respect de la charge à l’essieu par les transporteurs, l’insuffisance de la signalisation et le sous-dimensionnement  des voies à grande circulation. A cela s’ajoute l’insuffisance de dispositifs de drainage.

Les voies ferrées

La RD Congo dispose de 5.033km de voies ferrées non interconnectées datant de l’époque coloniale et n’ayant pas les mêmes standards.  858 km de voies électrifiées desservent la région minière au Sud du Katanga. 1.026km de voies à un écartement de 0,6 m desservent la région agricole et aurifère du Nord-Est de la RD Congo. Le tronçon Kisangani-Ubundu a un écartement de 1,00m tandis que tout le reste du réseau a un écartement de 1,067m.

Le transport ferroviaire en RD Congo est loin de retrouver ne serait-ce que le niveau qu’il avait dans les années 1980. Il est caractérisé ces deux dernières décennies par une mauvaise gestion généralisée des sociétés d’Etat œuvrant dans ce secteur (SNCC et ONATRA), l’insuffisance et l’obsolescence des matériels de traction ainsi que des équipements de signalisation et de communication, le manque de pièces de rechange, le manque d’entretien et le vieillissement et la sous-qualification du personnel.

Les voies aériennes

La RD Congo, malgré un parc aéroportuaire de 270 aéroports et aérodromes, 5 seulement sont classés internationaux (Kinshasa, Lubumbashi, Kisangani, Goma, Gbadolite). Les autres ne répondent pas aux normes fixées par les organisations internationales d’aviation civile.

Les causes sont : le délabrement des pistes d’atterrissage, la vétusté des  installations aéroportuaires et du matériel d’assistance au sol ainsi que le sous-dimensionnement de certaines pistes par rapport à certains types d’avions. En somme, le pays ne dispose pas des installations adéquates pour effectuer les contrôles techniques.

Les voies fluviales

Fort de ses 13.450km de voies navigables, le fleuve Congo et ses affluents assurent naturellement et historiquement la desserte de toutes les provinces de la République. Avec ses 4.700km de longueur, le fleuve Congo est le deuxième plus long fleuve d’Afrique après le Nil.

Le constat est que la RD Congo n’a pas de capacité à mettre en valeur la longueur de ce fleuve pour son développement. La RVF (Régie de voies fluviales) en charge du balisage et de la sécurisation du fleuve se trouve limitée dans ses moyens d’intervention faute de ressources.

Les propositions

Etant donné que depuis 1960 jusqu’à nos jours la densité de la population est revue à la hausse tant à Kinshasa que dans les différentes provinces, le Gouvernement a intérêt à mettre en œuvre  ses machines pendant cette période de reconstruction du pays dans le sens de relever ce défit sur le plan infrastructures.

Il doit, pour ce faire, penser à créer des nouvelles routes en plus de la réhabilitation de celles existant déjà dans le but de désenclaver la population. Aussi, il doit dans sa démarche tenir compte des grands transporteurs en construisant des routes qui leur sont appropriées pour éviter la dégradation rapide de ces dernières.

A l’heure de la modernisation et des nouvelles technologies de l’information et de la communication (Ntic), l’Etat doit doter le réseau ferroviaire des matériels et équipements adaptés aux technologies modernes. Il peut, dans ce sens, instaurer le système de trains électriques par voie souterraine. Il en est de même pour le réseau aéroportuaire qui doit se conformer aux normes de l’aviation civile internationale en modernisant ses équipements techniques de contrôle et en construisant des aérogares, ce, dans toutes les provinces.

Comme on le voit, le chantier des infrastructures est vaste. Il ne saurait être mené à bien sans un plan d’aménagement du territoire et des financements conséquents. Tenez, pour réhabiliter les infrastructures de l’Irak après-guerre, le Gouvernement a sollicité 10 milliards USD auprès des partenaires occidentaux. Pratiquement, 10 fois plus que le montant du contrat entreprises chinois et le Gouvernement congolais élevé à 10 milliards USD et revu à la baisse quelques mois après (6 milliards USD). Certes, le Gouvernement compte également sur le soutien du Fond national d’entretien routier (Foner) sensé levé chaque mois près de 10 millions USD de péages. Mais cela reste insignifiant par rapport à l’immensité des chantiers à reconstruire. Il faudra donc recourir à d’autres financements extérieurs qui doivent être motivés par le développement économique des secteurs qui seront traversés par ces infrastructures.

Le Plan d’aménagement du territoire qui fait énormément défaut à l’actuel Gouvernement aura la lourde mission de matérialiser la vision de développement économique du pays à travers les infrastructures en réalisant la connection entre les provinces, entre les différents points de production et de commercialisation pour booster une économie forte et intégrée capable de mettre en valeur les potentialités minières, agricoles, industrielles, touristiques… du pays. De la sorte, aucune province ne se sentira délaissée dans les Cinq chantiers mais encore les différents coins du pays pourront effectivement contribuer à l’effort économique en produisant et en consommant localement. De son côté, le Gouvernement dont la production pourra augmenter sensiblement grâce à l’apport des 90% des Congolais de l’arrière-pays sera en mesure de réaliser les recettes substantielles pour financer son plan de développement.

La réhabilitation des infrastructures aura également un impact direct sur la relance du tourisme local, notamment avec le renforcement des mesures de sécurité, la paix restaurée dans les zones de conflit. Le tourisme local donnera le ton aux touristes étrangers pour visiter les différents sites de la RDC. Yollande Lumwene

Provinces Types d’infrastructures Etat des lieux projets
Bas-Congo Routes, chemin de fer, ports, aéroports, barrages Le réseau routier totalise 623 km de routes asphaltées dont l’axe Matadi-Boma. La ligne ferroviaire Kinshasa-Matadi (365 km) est dans un état de délabrement et les locomotives et wagons sont insuffisants. La ligne Boma-Tshela (120km) n’est plus opérationnelle. Le port de Boma est saturé après la fermeture de 4 quais sur 10 de celui de Matadi. Les aéroports ne sont pas aménagés. Réhabilitation de 4205 km de routes de desserte agricole. Réhabilitation du port de Matadi, amorce des travaux de construction du port en eaux profonde de Banana
Bandundu Routes, ports, aérodromes Le réseau routier comprend 9785km dont 385 routes asphaltées. L’équipement dans les différents ports doit être réhabilité. Les aérodromes de Bandundu ville et Kikwit sont revêtus, ceux d’Inongo, Nioki et Kiru restent en terre battue. Réhabilitation de la route Kinshasa-kikwit, réhabilitation des routes de desserte agricole, construction de la centrale hydroélectrique de Kakobola.
Equateur Routes, ports, aéroports, sites hydroélectriques Le réseau routier représente 3.207 km dans un état de délabrement avancé. Les voies navigables représentent 4.608km Réabilitation du réseau fluvial et des quais des principaux ports (Mbandaka, Bumba, Boende), réhabilitation des routes d’intérêt national et celles de desserte agricole.
Province Orientale Routes, chemins de fer, voies navigables, aéroports, centrales hydroélectriques Les axes routiers convergent vers Kisangani. Les axes ferroviaires Mungbere-Isiro-Buta-Aketi permettent l’acheminement des produits agricoles vers le port de Bumba à l’Equateur. La province dispose 4 centrales hydroélectriques à Kisangani, Bunia, Watsa. Le barrage Tshopo dispose de 3 turbines dont 2 sont opérationnelles. Réhabilitation des routes d’intérêt national et de desserte agricole.
Kasaï-Occidental Routes, chemin de fer, voies navigables, aéroports, centrale hydroélectrique Le réseau routier comprend 4000km mais impraticable à cause du manque d’entretien et de la nature du sol. Le réseau routier urbain comprenait 66km de routes asphaltées et 687km de routes en terre. Le bief navigable sur la rivière Kasaï souffre du manque de drainage. L’axe ferroviaire permettant de relier Katanga et l’Ouest du Kasaï jusqu’à Ilebo est en mauvais état. Réhabilitation des routes d’intérêt national, aménagement des aéroports de Kananga et  Tshikapa, érection du barrage de Katende.
Kasaï-Oriental Routes, chemins de fer, voies navigables, aéroports, complexe hydroélectrique Le réseau routier représente 8000km de routes principales et de desserte agricole en mauvais état. La seule route asphaltée va de Mbuji-Mayi à Mwene-Ditu. Construction de route entre Mbuji-mayi-Kananga, réhabilitation de 10 principaux axes routiers.
Katanga Routes, chemin de fer, voies navigables, aéroports, centrale hydroélectrique Les principaux axes routiers sont : Musoshi-Lubumbashi, Likasi-Kolwezi, Lubumbashi-Kipushi. Les routes d’intérêt national sont en mauvais état. Le réseau ferroviaire manque de moyens suffisants ainsi que du carburant et lubrifiant pour les tractions encore en exploitation. En ce qui concerne les voies navigables, seul le tronçon Bukama-Kongolo est opérationnel. Construction des routes entre Kasumbalesa et Lubumbashi, réhabilitation des routes de desserte agricole.
Kinshasa Routes, chemin de fer, voies navigables, aéroports 2axes routiers : Kinshasa-Kikwit et Kinshasa-Matadi. Le tronçon Kinshasa-Kikwit est en état de délabrement. Le réseau ferroviaire Kinshasa-Matadi manque des moyens de traction. La navigation souffre de manque de drainage et balisage Réhabilitation des routes, modernisation de l’aéroport de N’Djili, et des routes Kinshasa-Matadi
Maniema Routes, chemin de fer, voies navigables, aéroports L’insuffisance de voies de communication constitue un obstacle pour le développement de la province. Les axes routiers sont : Punia-Kindu et Kibombo-Kabambare. Le fleuve est navigable de Kindu à Ubundu(300km). La bonne partie de la voie ferroviaire (Kindu-Katanga) se trouve dans la province et représente 225km. Réhabilitation des routes d’intérêt national.
Nord-Kivu Routes, port, aéroports Plusieurs routes d’intérêt national sont dans un état moyen d’exploitation mais se détériorent rapidement car la plupart de véhicules qui les empruntent sont surchargés et ne respectent pas les barrières de la pluie. L’aéroport international de Goma a réduit sa longueur de 3800m à 2600m à cause de l’éruption volcanique qui l’a endommagé. Le port lacustre est exploité par les privés qui entretiennent quelques quais. Réhabilitation des routes d’intérêt national et de desserte agricole
Sud-Kivu Routes, voies navigables, aéroports, centrale hydroélectrique La province compte 7principaux axes routiers, ce qui totalise 1712km. 2 voies navigables : Kivu et Tanganyika. Les postes d’accostage des ports de Kalemie, Bukavu et Kalundu sont en mauvais état. Un seul aéroport à Kavumu, 35 km de Bukavu dont la piste d’atterrissage est très courte. Réhabilitation des routes d’intérêt national et de desserte agricole.

Par: V.Y.
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