Le 30 juin 2010, la RD Congo a célébré le 50ème anniversaire de son indépendance. Pour nombre d’observateurs, ce pays devra marquer un temps d’arrêt pour faire l’état des lieux de l’économie et du social avant d’entrevoir de nouvelles perspectives.
Sans vouloir anticiper sur le contenu de cette relecture de l’histoire économique et sociale au cours de ce demi-siècle, des analystes s’accordent sur un point, à savoir que depuis le mois de juin 1960, la vie économique et sociale de la RDCongo reste émaillée, essentiellement d’instabilité chronique et de violences à caractère politique et ethnique.
Dans ce contexte, le Congo est passé à côté des opportunités nettes de construire son économie et de promouvoir le social. Au contraire, on a assisté à la déstructuration de l’économie à une vitesse V et à la progression exponentielle de la pauvreté.
Dans le « Rapport mondial sur le développement humain » édition 2007, le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) attribuait à la RDCongo un indice de 0.389, celui qui place le Congo parmi les « pays en voie de développement » dans le monde. Par rapport à 2006, la RDCongo a amélioré sa position de 0.018 point, ce qui ne change rien au niveau très bas du bien-être de sa population. Rang mondial : 179ème sur 186.
PAYS EN DEVELOPPEMENT
Dans le même document, le PNUD attribuait à ses voisins un IDH (Indice de développement humain) de 0.601 au Congo Brazzaville, 0.564 à l’Angola, 0.531 au Soudan, 0.651 à Sao Tomé & Principe et 0.514 à l’Ouganda. Placés au-dessus de la barre de 0.5, ces pays limitrophes de la RDCongo appartiennent à la catégorie des « pays en développement ». En 2006, le Congo faisait partie des pays les moins avancés (PMA), puisque classé parmi les 10 pays les plus pauvres au monde.
Le rapport « Doing Business 2010 » publié en fin d’année 2009 par la Banque mondiale classe la RDCongo 182ème sur une liste de 183 pays les plus importants réformateurs de la planète en termes de climat des affaires. En 2008, la RDCongo avait occupé la 178ème position, c’est-à-dire la dernière place sur la liste des pays du monde considérés d’après leurs capacités à offrir de réelles facilités de faire des affaires.
SITUATION ÉCONOMIQUE
« L’économie du Congo est handicapée par une guerre civile larvée et un des niveaux de corruption les plus élevées de la planète », peut-on lire sur le site Wikipedia. La même source de souligner que « la population de ce pays ne bénéficie pas d’un niveau de vie qui devrait correspondre à ses immenses ressources naturelles (faune, flore, mines, eau, soleil,…) ».
Il faut dire que la RD Congo – troisième pays d’Afrique subsaharienne en termes de population, et deuxième en termes de superficie - est dotée d’abondantes ressources humaines et naturelles. Il s’agit notamment d’une forêt tropicale (deuxième au monde par sa superficie), des sols fertiles, des pluies abondantes et des ressources minérales variées et considérables.
Devant ce tableau, l’exploitation minière (cuivre, cobalt, diamant, or, zinc et autres métaux communs) et pétrolière représente quelque 75 % de ses recettes totales à l’exportation et 25 % environ de son PIB.
ABONDANCE DE MATIERES PREMIERES
Mais, en dépit de cette abondance de matières premières, le secteur structuré de l’économie du Congo s’est effondré ces dernières décennies sous l’effet conjugué d’une mauvaise gestion et des conflits armés, relève une étude de la Banque mondiale.
Le PIB (Produit intérieur brut) par habitant est l’un des plus bas du monde. Dans les années 80, il ne représentait que le tiers de ce qu’il était en 1962, et il a continué à baisser durant les années 90. En effet, il est passé de Usd 380 (en dollars constants) en 1960 à Usd 224 en 1990, puis à Usd 139 en 2006.
Ainsi considéré, et après une période de relatif dynamisme économique, la RDCongo a subi une sévère dépression (entre le milieu des années 1980 et le milieu des années 2000) liée à une gestion marquée par la corruption, puis aux guerres civiles qui ont ravagé le pays. Avec une croissance de 8,2% en 2008 et de 2,7% en 2009, elle a, ensuite, été l’un des pays d’Afrique les plus touchés par la crise de 2008-2009, analyse-t-on à la Banque mondiale.
Le côté social. Ce faisant, les inégalités seraient très marquées. « Environ 80 % de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté fixé à 2 dollars par jour. Près de 44 % des femmes et environ 22 % des hommes n’ont aucun revenu. Les disparités régionales seraient très fortes, avec un taux de chômage très élevé avoisinant les 40%, des salaires et des prestations sociales dérisoires dans tout le pays », découvre-t-on sur ce site américain.
REGRESSION
Ce tableau peu reluisant sur le plan social et peu glorieux sur la situation générale du pays refléterait l’image plus ou moins exacte de la situation économique du Congo en 2010. D’après la lecture faite par l’opposition parlementaire actuelle, « le Congolais de 2010 vit moins bien que celui d’il y a 15 ans et dramatiquement encore que celui de 1960 ».
De l’avis de l’opposition politique, le système éducatif congolais aurait enregistré un violent recul. En ce qui concerne particulièrement l’université, l’explosion des effectifs aurait atteint, dans certaines facultés, un dépassement de 560% de la capacité d’accueil. S’agissant de la santé, le taux brut de mortalité est de 57 fois plus élevé que le taux moyen en Afrique subsaharienne.
Quant à l’eau potable, seulement 22% de la population y ont accès dans un pays qui regorge 60% de l’eau du Bassin du Congo. De même, le taux d’électrification est le plus faible du continent. Il atteint à peine 6% alors que le potentiel hydroélectrique de la RDC représente 13% de celui du monde.
PERSISTANCE DE LA PAUVRETE
En somme, la situation sociale du pays reste précaire, avec une pauvreté prévalant sur l’ensemble de son territoire. L’espérance de vie s’établit à 43 ans, la mortalité des moins de 5 ans est supérieure à 200 pour 1.000 naissances vivantes. L’indice de développement humain (IDH) a baissé de plus de 10% au cours des dix dernières années, et le pays se classe désormais au 167ème rang sur 177 pays, à en croire les Nations-Unies.
Un économiste anglais, Paul Collier, pense que le Congo aurait besoin de 50 années de paix pour simplement retrouver le niveau de vie qui était le sien en 1960 et que ses chances de connaître 50 années continues de paix sont très faibles en raison, aujourd’hui, de son bas revenu, de sa croissance lente, de sa dépendance aux matières premières et de la genèse de ses conflits.
Sur le même registre, un membre important du gouvernement britannique, donnant son avis (en 2002) sur les possibilités pour le Congo de sortir de ses difficultés économiques et sociales, affirmera que « dans le meilleur des cas, les Congolais devront bosser dur durant 70 ans avant que l’économie de leur pays retrouve son niveau de développement et de croissance de 1960 ».
De même, il y a 8 ans, notre confrère Samir Gharbi de Jeune Afrique soulignait que selon les avis des experts en développement, « il faudra – si tout va bien – 28 ans d’efforts et de dur labeur pour que le Congo retrouve son niveau économique de 1990 ».
LES DÉFIS
Depuis 2001 toutefois – avec l’appui des institutions financières internationales – Kinshasa met en oeuvre des réformes économiques, financières et structurelles en vue de stabiliser sa situation macroéconomique et de créer un cadre propice à un développement tiré par le secteur privé.
Les réformes se traduisent par l’adoption de nouveaux codes minier, forestier, d’investissement et du travail, pour attirer l’investissement privé et rétablir la transparence dans les secteurs jugés opaques. En outre, la RD Congo a atteint le « Point de décision de l’Initiative pays pauvres très endettés (PPTE), avec un allègement total estimé à 6,3 milliards de dollars pour un encours total de dette extérieure estimé à 7,9 milliards de dollars en valeur actuelle nette.
CONSOLIDER LA STABILITE
Dans l’ensemble, la situation demeure fragile, analyse-t-on au FMI et à la Banque mondiale. Pour l’avenir, les principaux défis de la RD Congo consistent à consolider la récente stabilité macroéconomique et les ambitieuses réformes structurelles.
De l’avis général et en cohérence avec le Document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSCRP) du Gouvernement, il est question de continuer à améliorer la gouvernance et le climat des affaires, et assurer la paix et la sécurité sur toute l’étendue du territoire.
Le 30 juin 2010, la RD Congo a célébré le 50ème anniversaire de son indépendance. Pour nombre d’observateurs, ce pays devra marquer un temps d’arrêt pour faire l’état des lieux de l’économie et du social avant d’entrevoir de nouvelles perspectives.
|
S |
ans vouloir anticiper sur le contenu de cette relecture de l’histoire économique et sociale au cours de ce demi-siècle, des analystes s’accordent sur un point, à savoir que depuis le mois de juin 1960, la vie économique et sociale de la RDCongo reste émaillée, essentiellement d’instabilité chronique et de violences à caractère politique et ethnique.
Dans ce contexte, le Congo est passé à côté des opportunités nettes de construire son économie et de promouvoir le social. Au contraire, on a assisté à la déstructuration de l’économie à une vitesse V et à la progression exponentielle de la pauvreté.
Dans le « Rapport mondial sur le développement humain » édition 2007, le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) attribuait à la RDCongo un indice de 0.389, celui qui place le Congo parmi les « pays en voie de développement » dans le monde. Par rapport à 2006, la RDCongo a amélioré sa position de 0.018 point, ce qui ne change rien au niveau très bas du bien-être de sa population. Rang mondial : 179ème sur 186.
PAYS EN DEVELOPPEMENT
Dans le même document, le PNUD attribuait à ses voisins un IDH (Indice de développement humain) de 0.601 au Congo Brazzaville, 0.564 à l’Angola, 0.531 au Soudan, 0.651 à Sao Tomé & Principe et 0.514 à l’Ouganda. Placés au-dessus de la barre de 0.5, ces pays limitrophes de la RDCongo appartiennent à la catégorie des « pays en développement ». En 2006, le Congo faisait partie des pays les moins avancés (PMA), puisque classé parmi les 10 pays les plus pauvres au monde.
Le rapport « Doing Business 2010 » publié en fin d’année 2009 par la Banque mondiale classe la RDCongo 182ème sur une liste de 183 pays les plus importants réformateurs de la planète en termes de climat des affaires. En 2008, la RDCongo avait occupé la 178ème position, c’est-à-dire la dernière place sur la liste des pays du monde considérés d’après leurs capacités à offrir de réelles facilités de faire des affaires.
SITUATION ÉCONOMIQUE
« L’économie du Congo est handicapée par une guerre civile larvée et un des niveaux de corruption les plus élevées de la planète », peut-on lire sur le site Wikipedia. La même source de souligner que « la population de ce pays ne bénéficie pas d’un niveau de vie qui devrait correspondre à ses immenses ressources naturelles (faune, flore, mines, eau, soleil,…) ».
Il faut dire que la RD Congo – troisième pays d’Afrique subsaharienne en termes de population, et deuxième en termes de superficie - est dotée d’abondantes ressources humaines et naturelles. Il s’agit notamment d’une forêt tropicale (deuxième au monde par sa superficie), des sols fertiles, des pluies abondantes et des ressources minérales variées et considérables.
Devant ce tableau, l’exploitation minière (cuivre, cobalt, diamant, or, zinc et autres métaux communs) et pétrolière représente quelque 75 % de ses recettes totales à l’exportation et 25 % environ de son PIB.
ABONDANCE DE MATIERES PREMIERES
Mais, en dépit de cette abondance de matières premières, le secteur structuré de l’économie du Congo s’est effondré ces dernières décennies sous l’effet conjugué d’une mauvaise gestion et des conflits armés, relève une étude de la Banque mondiale.
Le PIB (Produit intérieur brut) par habitant est l’un des plus bas du monde. Dans les années 80, il ne représentait que le tiers de ce qu’il était en 1962, et il a continué à baisser durant les années 90. En effet, il est passé de Usd 380 (en dollars constants) en 1960 à Usd 224 en 1990, puis à Usd 139 en 2006.
Ainsi considéré, et après une période de relatif dynamisme économique, la RDCongo a subi une sévère dépression (entre le milieu des années 1980 et le milieu des années 2000) liée à une gestion marquée par la corruption, puis aux guerres civiles qui ont ravagé le pays. Avec une croissance de 8,2% en 2008 et de 2,7% en 2009, elle a, ensuite, été l’un des pays d’Afrique les plus touchés par la crise de 2008-2009, analyse-t-on à la Banque mondiale.
Le côté social. Ce faisant, les inégalités seraient très marquées. « Environ 80 % de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté fixé à 2 dollars par jour. Près de 44 % des femmes et environ 22 % des hommes n’ont aucun revenu. Les disparités régionales seraient très fortes, avec un taux de chômage très élevé avoisinant les 40%, des salaires et des prestations sociales dérisoires dans tout le pays », découvre-t-on sur ce site américain.
REGRESSION
Ce tableau peu reluisant sur le plan social et peu glorieux sur la situation générale du pays refléterait l’image plus ou moins exacte de la situation économique du Congo en 2010. D’après la lecture faite par l’opposition parlementaire actuelle, « le Congolais de 2010 vit moins bien que celui d’il y a 15 ans et dramatiquement encore que celui de 1960 ».
De l’avis de l’opposition politique, le système éducatif congolais aurait enregistré un violent recul. En ce qui concerne particulièrement l’université, l’explosion des effectifs aurait atteint, dans certaines facultés, un dépassement de 560% de la capacité d’accueil. S’agissant de la santé, le taux brut de mortalité est de 57 fois plus élevé que le taux moyen en Afrique subsaharienne.
Quant à l’eau potable, seulement 22% de la population y ont accès dans un pays qui regorge 60% de l’eau du Bassin du Congo. De même, le taux d’électrification est le plus faible du continent. Il atteint à peine 6% alors que le potentiel hydroélectrique de la RDC représente 13% de celui du monde.
PERSISTANCE DE LA PAUVRETE
En somme, la situation sociale du pays reste précaire, avec une pauvreté prévalant sur l’ensemble de son territoire. L’espérance de vie s’établit à 43 ans, la mortalité des moins de 5 ans est supérieure à 200 pour 1.000 naissances vivantes. L’indice de développement humain (IDH) a baissé de plus de 10% au cours des dix dernières années, et le pays se classe désormais au 167ème rang sur 177 pays, à en croire les Nations-Unies.
Un économiste anglais, Paul Collier, pense que le Congo aurait besoin de 50 années de paix pour simplement retrouver le niveau de vie qui était le sien en 1960 et que ses chances de connaître 50 années continues de paix sont très faibles en raison, aujourd’hui, de son bas revenu, de sa croissance lente, de sa dépendance aux matières premières et de la genèse de ses conflits.
Sur le même registre, un membre important du gouvernement britannique, donnant son avis (en 2002) sur les possibilités pour le Congo de sortir de ses difficultés économiques et sociales, affirmera que « dans le meilleur des cas, les Congolais devront bosser dur durant 70 ans avant que l’économie de leur pays retrouve son niveau de développement et de croissance de 1960 ».
De même, il y a 8 ans, notre confrère Samir Gharbi de Jeune Afrique soulignait que selon les avis des experts en développement, « il faudra – si tout va bien – 28 ans d’efforts et de dur labeur pour que le Congo retrouve son niveau économique de 1990 ».
LES DÉFIS
Depuis 2001 toutefois – avec l’appui des institutions financières internationales – Kinshasa met en oeuvre des réformes économiques, financières et structurelles en vue de stabiliser sa situation macroéconomique et de créer un cadre propice à un développement tiré par le secteur privé.
Les réformes se traduisent par l’adoption de nouveaux codes minier, forestier, d’investissement et du travail, pour attirer l’investissement privé et rétablir la transparence dans les secteurs jugés opaques. En outre, la RD Congo a atteint le « Point de décision de l’Initiative pays pauvres très endettés (PPTE), avec un allègement total estimé à 6,3 milliards de dollars pour un encours total de dette extérieure estimé à 7,9 milliards de dollars en valeur actuelle nette.
CONSOLIDER LA STABILITE
Dans l’ensemble, la situation demeure fragile, analyse-t-on au FMI et à la Banque mondiale. Pour l’avenir, les principaux défis de la RD Congo consistent à consolider la récente stabilité macroéconomique et les ambitieuses réformes structurelles.
De l’avis général et en cohérence avec le Document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSCRP) du Gouvernement, il est question de continuer à améliorer la gouvernance et le climat des affaires, et assurer la paix et la sécurité sur toute l’étendue du territoire.