Le sujet d’actualité que nous abordons ce matin concerne le complexe hydroélectrique d’Inga. Il y a exactement une semaine, la presse kinoise a annoncé qu’un accord serait en vue pour démarrer les travaux de construction de la centrale Inga III. Initialement, il était prévu que la mise en chantier du projet débute cette année 2010. Mais, la difficulté de trouver des financements sûrs ont conduit à différer le calendrier.
En ce moment, il semble bien que le Congo ait trouvé une oreille attentive du côté de BHP Billiton, une multinationale australienne qui projette d’implanter dans le Bas-Congo une fonderie d’aluminium. Les besoins de cette unité de production sont évalués à 2.000 MW, soit 2.000.000 de KWh. Or, actuellement les centrales Inga I et Inga II ont une capacité installée de l’ordre de 1.800 MW.
Mais, compte tenu des gros problèmes techniques que connaissent ces infrastructures, Inga I et II ne fonctionnent qu’à 20% de leurs capacités, ce qui correspond à une fourniture de courant électrique d’environ 360MW, une quantité largement inférieure aux besoins du pays. Pour Kinshasa et le Katanga, lieux de concentration des industries manufacturières et minières, le déficit cumulé en énergie électrique est porté à 1.750 MW.
ETAT DES LIEUX. Ainsi dit, nous allons vous faire le résumé d’un état des lieux du complexe hydroélectrique d’Inga. Comme vous le savez, le complexe d’Inga comporte 4 grandes phases. Vous avez Inga I mise en service en 1972. Capacité 351 MW ; Inga II inaugurée en 1982. Capacité 1.424 MW. Puis, il y a Inga III qui reste au stade de projet et qui présente un potentiel de 4.300 MW. Mais, l’opérateur australien BHP Billiton intéressée par ce projet aurait accepté de limiter le niveau de production à 3.000 MW. Enfin, nous avons le projet Grand Inga crédité d’un potentiel de 39.000 MW. Dans l’ensemble, le complexe Inga présente un potentiel de près de 45.000 MW, ce correspond à peu près à 45% du potentiel hydroélectrique total que dispose la RD Congo.
Sur l’échiquier africain, des estimations disponibles et fiables indiquent que le potentiel énergétique d’Inga représenterait 37% du potentiel des ressources hydroélectriques de toute l’Afrique, et 13% du potentiel hydroélectrique mondial. Pour bien souligner le caractère gigantesque de ce site hydroélectrique, les ingénieurs affirment que le barrage d’Inga dispose d’une puissance équivalent à deux fois plus que celle du plus grand barrage du monde, celui des Trois-Gorges en Chine. Situé à une trentaine de km en amont de Matadi, le barrage hydroélectrique d’Inga est érigé à un endroit où le fleuve Congo concentre toutes les eaux de son bassin sur un dénivelé de 100 mètres sur 12 km. Son débit qui est de 4.200m³/seconde constitue une force énergétique considérable.
MINES OU ELECTRICITE ? En termes de pétrole brut, le potentiel énergétique de Inga en 24 heures équivaudrait à 675.000 barils de brut par jour, faisant 37,5% du niveau de production journalière de l’or noir chez le voisin angolais. Avec un baril à 78.36 $US (cours du lundi 26 juillet 2010), la recette journalière attendue se chiffrerait à 52.893.000 dollars américains.
En 365 jours d’exploitation, la recette annuelle attendue se monterait à 19,3 milliards de dollars américains, environ quatre fois le budget de l’Etat congolais exercice 2010. Dans l’hypothèse d’une exportation totale des 45.000 MW au tarif de 0,05 euro le KWh pratiqué en République sud-africaine, le chiffre d’affaires journalier du complexe hydroélectrique d’Inga serait de 54 millions d’euros (soit 70,2 millions de dollars US, au taux de 1 euro pour 1,3 dollar). Tandis que le chiffre d’affaires annuel se chiffrerait à 19,7 milliards d’euros (équivalent à 25,6 milliards de dollars US).
Ces statistiques démontrent la pertinence des propos tenus par Robert Zoellick, président de la Banque mondiale (BM) lors de son voyage à Kinshasa. De l’avis du numéro 1 de la BM, « la RD Congo peut générer plus de revenus en énergie électrique avec un Inga réveillé qu’avec le secteur minier ».
IMPORTANCE STRATEGIQUE. C’est sur le marché africain que se présentent les meilleures perspectives de vente d’électricité et d’enrichissement du Congo. Bien que les études de faisabilité sur Grand Inga ne sont pas encore totalement complètes, le projet est déjà présenté comme le moyen pour « illuminer toute l’Afrique », tant par les compagnies qui cherchent à en tirer profit que par les gouvernements qui espèrent recevoir de l’énergie électrique de ce projet. Grand Inga est listé comme projet prioritaire de la Communauté de Développement d’Afrique Australe (SADC), le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) et le Conseil Mondial de l’Energie (CME).
INTERCONNEXIONS. En ce moment moisissent dans les tiroirs plusieurs projets d’interconnexion des réseaux électriques africains. Il s’agit de la la construction de quatre « autoroutes de l’énergie » est actuellement à l’étude. La première relierait l’Égypte via le Congo, la Centrafrique et le Soudan. Le second axe traverserait le Congo, le Gabon, le Cameroun et le Nigeria avec un raccord vers la Guinée équatoriale. Le troisième passerait par l’Angola, la Namibie, le Botswana et l’Afrique du Sud. Enfin, la dernière liaison partirait de la RD Congo vers la Zambie, le Zimbabwe, le Botswana et l’Afrique du Sud. Pour mener à bien cet important projet qui dépasse le cadre sous-régional, les estimations initiales tablent sur un coût de près de 20 milliards de dollars.
Toute la démonstration qui vient d’être faite rejoint, peut-être, la préoccupation maintes fois exprimées par l’ancien président américain, Bill Cliton, qui affirme sans rire que « le XXIème siècle est essentiellement centré sur l’énergie ». Au Congo, avons nous compris cela ? C’est le sujet à débattre maintenant.