Interdiction d’exportation du bois: le gouverneur Baende s’est-il trompé ?

Dans sa livraison du 06 juillet dernier, la radio Okapi a relayé la décision du Gouverneur de l’Equateur d’interdire l’exportation des grumes brutes. Selon toujours cette source, cette décision a été annoncée au cours d’un meeting populaire tenu à Mbandaka, capitale de la province par l’autorité provinciale.

Pour l’autorité provinciale,  à dater du dimanche 04 juillet 2010, aucune grume coupée dans la province de l’Equateur ne peut quitter cette province à l’état brut. Elle enjoint les exploitants forestiers de transformer ces grumes sur place. Il explique pour ce faire que l’obligation sera faite aux exploitants forestiers d’installer des scieries dans les différents sites d’exploitation afin de créer de l’emploi.

Cette mesure se justifie par la renégociation des contrats signés avec des villageois. C’est pour contribuer au développement durable des communautés locales, souligne-t-il.

Cette décision qui tombe comme un cheveu dans la soupe sans qu’elle ne soit précédée par certains préalables, inquiète tout observateur de l’économie congolaise et soulève ainsi la question de son opportunité. Le Gouverneur a-t-il tenu compte des conséquences que peut engendrer cette décision sur l’économie de la province en particulier et du pays en général ? A-t-il consulté le Gouvernement central avant d’agir ?

Il est certes vrai que le Gouverneur a une autonomie de décision. Mais, dans certaines matières, il est tenu de consulter le pouvoir central. Et dans le cas échéant, sans crainte d’être contredit, nous nous retrouvons dans le cas de compétences partagées. Car il y a des sociétés qui ne sont pas installées à l’Equateur et qui tiennent leurs activités du fait de l’exploitation forestière. Tel le cas des sociétés de transport fluvial qui assurent le transport de l’Equateur à Kinshasa et de Matadi à l’extérieur ; des sociétés de transport routier qui assurent le transport de Kinshasa à Matadi. Du fait de cette décision, ces sociétés vont purement et simplement fermer.

Par ailleurs, ce n’est pas du jour au lendemain que ces sociétés d’exploitation forestières vont monter des scieries car cela nécessite un investissement à part entière qui nécessite des financements qu’il faut chercher si la société n’avait pas inscrit cela dans son plan d’extension. Moralité ! En attendant, tout est à l’arrêt : les engagements pris avec les clients non tenus, les personnels au chômage, les taxes et impôts versées au Gouvernement provincial non payées, …

En plus, sur le plan de l’économie nationale, les exportations des grumes brutes représentent un pourcentage non négligeable dans le volume total des exportations. Par conséquent, l’Office National des Transports (ONATRA) verrait son trafic sensiblement réduit sur le tronçon Kinshasa-Matadi.

Refusant d’associer notre voix à celle de plusieurs internautes qui ont réagi face cette décision pour soutenir le Gouverneur, nous pensons pour notre part que sans être une décision isolée, cette dernière devait être prise dans le cadre de la politique nationale d’exploitation forestière en particulier et de l’exploitation des ressources naturelles en général qui fait défaut aujourd’hui.

Ce qui est décrié dans le secteur forestier, l’est aussi dans le secteur minier et celui des hydrocarbures. Il est impérieux que le pays se dote d’un plan national d’exploitation des ressources naturelles et ce cadre permettra de revisiter certaines dispositions des codes forestier et minier qui font problème  et qui ont permis aux uns et aux autres d’asseoir leurs  activités aujourd’hui.

Par: Marcel MBOMBO
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