Le 30 juin 2010, la République Démocratique du Congo a célébré le cinquantenaire de son indépendance. Un anniversaire fêté sur une perspective d’annulation d’une grande partie de sa dette extérieure et sur fond de critiques sur la gouvernance de ce pays.
Près de 90% de la dette extérieure de la RD Congo vont être allégés par les créanciers du pays. C’est la conséquence qui découle de l’option levée par le Conseil d’administration du Fonds Monétaire International (FMI) le 30 juin 2010 et celui de la Banque Mondiale (BM) le 1er juillet dernier à Washington (Etats-Unis d’Amérique).
En effet, après plusieurs mois d’efforts et d’attente, l’économie congolaise a finalement accédé au fameux « Point d’achèvement de l’Initiative pays pauvres très endettés » (I-PPTE). La perspective qui s’ouvre consiste, pour les créanciers et bailleurs de fonds, de ne plus réclamer à la RD Congo près de 10 milliards de dollars américains sur un total de 13 milliards de dollars US en valeur actuelle. Il restera quant même plus de 2,87 milliards de solde à devoir par ce pays. Toujours est-il que le lourd fardeau que constituait cet engagement financier coûtait au Trésor public plus de 60 millions de dollars US exigibles mensuellement.
Nouvelle donne. La nouvelle donne va permettre au Congo-Kinshasa de bénéficier d’un allégement de la dette supplémentaire au titre de l’Initiative d’allégement de la dette multilatérale (IADM). Selon la direction du FMI, l’allégement attendu réduira substantiellement la charge de la dette extérieure. Par conséquent, il permettra de dégager une marge de manœuvre budgétaire au bénéfice des programmes sociaux. Chaque mois, des économies de l’ordre de 60 millions de dollars US devront financer (en théorie) des projets de lutte contre la pauvreté. Il s’agit, notamment, des programmes dans les domaines de l’éducation, santé, infrastructures de base, eau, électricité, logements sociaux.
De leur côté, les syndicats du secteur public ont fait savoir qu’ils attendent du gouvernement une meilleure répartition du revenu national en termes d’amélioration des salaires du personnel civil et militaire. Raison pour laquelle les fonctionnaires observent une grève, en attendant que le gouvernement aligne tout le monde sur le premier palier de l’Accord de l’innovation sociale, appelé « Accord de Mbudi », à la paie du mois de juillet 2010.
Viabilité de la dette. Cependant, pour préserver la viabilité de la dette après l’allégement de la dette au titre de l’Initiative PPTE renforcée et de l’IADM, le FMI et la Banque Mondiale estiment qu’il faut gérer la dette prudemment. Il semble bien que le point d’achèvement ne va pas se traduire en une entrée massive des capitaux extérieurs. Il s’agit plutôt des économies internes des ressources à gérer avec responsabilité du fait de non remboursement de dette, expliquent les experts du FMI et de la Banque mondiale.
De ce point de vue, il est recommandé au gouvernement de fournir des efforts sur quelques axes essentiels : maintenir le rythme de mobilisation accrue des recettes publiques ; contenir les dépenses publiques au niveau des engagements souscrits ; et respect scrupuleux des plans de trésorerie afin de maintenir le budget en équilibre positif, estiment des observateurs.
Quant à la question touchant directement à la viabilité de la dette, les dirigeants du FMI et ceux de la BM exhortent les autorités congolaises à solliciter de préférence les dons et des prêts à taux égale à zéro (prêts concessionnels).
Critiques et scepticisme. Cet espoir d’allègement de la dette qui pointe à l’horizon laisse, cependant, sceptique une bonne partie de l’opinion. Des observateurs avertis redoutent que cette perspective heureuse ne soit qu’un mirage. La gouvernance actuelle du Congo faite de violation massive des droits de l’homme, de corruption et de pillage des ressources naturelles, d’impunité n’inciteraient pas à l’optimisme quant à l’amélioration des conditions de vie de la population.
Commissaire européen au commerce, le Belge Karel De Gucht a fait, une fois de plus, une analyse critique de la situation actuelle du Congo. Repris par l’agence Belga, il a déclaré sur une chaine de TV flamande : « Tout le monde sait que la corruption est extrême en Afrique, et certainement aussi en RD Congo. Et la corruption débute toujours au sommet ». Et d’ajouter : « Le Congo souffre également d’un manque de gouvernance. Il y a de grandes parties du monde où la corruption est présente, mais où une économie peut quand même être bâtie. C’est ce qui manque en RD Congo, car il n’existe pas de gouvernance ».
La position de cet Européen rejoint celle exprimée par l’opposition congolaise. Sur Radio France Internationale, Thomas Luhaka, Secrétaire exécutif adjoint du MLC, a déploré l’atteinte aux droits de l’homme, le musèlement de l’opposition, l’impunité et la corruption, des faits récurrents qui caractérisent l’actuelle gouvernance. Décidément, la RD Congo est entre espoir et scepticisme.