Dans sa dernière sortie médiatique organisée le mardi 13 juillet 2010, le ministre congolais des Finances, Matata Ponyo Mapon, a affirmé que fin juin 2010, le Trésor public a réalisé un excédent budgétaire de l’ordre de 184 milliards de francs congolais (CDF), équivalent à 204,4 millions de dollars américains (USD). Trois jours auparavant, soit le 09 juillet 2010, la Banque centrale du Congo (BCC) a – par le biais de ses « Notes de conjoncture » – fait savoir que cet excédent était porté à CDF 218 milliards, soit un peu plus de USD 242 millions. Face à ce tableau apparemment séduisant, Matata Ponyo ne s’est pas retenu pour bomber le torse et s’attribuer seul le mérite de cette performance. En effet, devant les caméras de télévision, il a souligné que ce résultat « est le signe du grand travail abattu au niveau du ministère des Finances. Ce qui permet à l’Etat de disposer des moyens de sa politique », a-t-il souligné. A l’en croire, cette conjoncture inespérée s’expliquerait, en particulier, par « la gestion rigoureuse et transparente des finances publiques » sous sa gouvernance. Selon le ministre, les dépenses liées aux festivités du Cinquantenaire et l’important financement monétaire des travaux de réhabilitation et modernisation de la voirie à Kinshasa n’auraient pas du tout provoqué l’explosion du cadre macroéconomique, démentant les mauvais pronostics avancés par des mauvaises langues.
La vérité des chiffres. A l’annonce de ces chiffres, les milieux syndicaux du secteur public ont vite réagi. Ils estiment que l’excédent budgétaire affiché par le gouvernement s’expliquerait moins par la bonne gestion de la caisse commune que par la rétention des dépenses de fonctionnement. Ils attribuent ce résultat notamment à la politique de gel des dépenses courantes et de blocage des salaires. Depuis 6 mois, le gouvernement n’aurait pas encore versé aux administrations publiques les frais de fonctionnement mensuel, ni procédé au paiement de la dette intérieure. Au niveau de la rémunération, aucune nouvelle dépense n’est engagée contraignant les personnels et les services publics à tourner au ralenti. Il en est de même des frais de mission, des fournitures et prestations de services dont les factures sont demeurées impayées durant tout le premier semestre de l’exercice budgétaire en cours. Seuls deux postes de dépenses seraient restés en mouvement : les opérations militaires et sécuritaires dans l’Est, les préparatifs du Cinquantenaire qui ont par ailleurs largement bénéficié de la mise branle de la planche à billets. Des sources indiquent que la mise en circulation de la nouvelle coupure de CDF 500, frappée du logo du cinquantenaire, aurait en grande partie financé ces dépenses. De l’avis des syndicalistes de l’administration publique, les chiffres du ministre des Finances ne reflèteraient donc pas la santé réelle du Trésor public. Pour en juger, l’opinion publique est invitée à porter son regard sur le niveau d’activités de l’Etat au second semestre, période au cours de laquelle il devra retrouver son niveau de fonctionnement normal.