Selon le ministre de l’Economie et Commerce, les sociétés Congo Futur, Socimex, BAT et autres doivent à la population $US 60 millions pour avoir trop perçu en 2009
Jean-Marie Bulambo Kilosho, ministre congolais de l’Economie et Commerce, vient de frapper fort 4 opérateurs économiques du secteur des importations. Il s’agit des gros poissons dont Congo Futur, Socimex et BAT accusés d’alimenter l’inflation par le calcul d’un coût de revient fantaisiste.
Selon le Gouvernement, ces 4 gros importateurs (un échantillon ?) ont eu recours, en 2009, au gonflement du coût de transport des marchandises entre les villes de Matadi et de Kinshasa. Ils entendaient ainsi justifier la variation à la hausse des prix des denrées de grande consommation achetées à l’étranger. Pratique délictuelle qui leur a permis de tirer de substantiels revenus en faisant payer les frais indus aux consommateurs, constate le gouvernement.
Les produits concernés, à savoir : la viande, le poulet, le poisson de mer communément appelé « mpiodi » et la cigarette, ont donc fait l’objet d’un contrôle de prix à posteriori. Par exemple, la société Socimex a facturé le transport entre Kinshasa et Matadi à $US 455 la tonne d’huile végétale; $US 294 la tonne du sucre blanc ; $US 292 celle du riz blanc; $US 1280$ le lait en poudre. « Cela veut dire que pour un conteneur de 20 tonnes, la société a fait payer à la population $US 24.000. Et pourtant, le coût de transport d’un conteneur ne dépasse pas $US 1.500.
Normalement, la tonne coûterait entre $US 50 à $US 100 », a-t-il souligné. Par conséquent, le ministre Bulambo Kilosho a indiqué que plus de $US 60 millions doivent être versés au Trésor public, par le biais de la DGRAD, pour des trop-perçus de l’an 2009.
Bien évidemment, les concernés encadrés par leur syndicat patronal, la Fédération des entreprises du Congo (FEC), contestent les chiffres de ces pénalités. S’adressant au ministre des Finances, Matata Ponyo Mapon, ils ont attaqué la base légale (l’arrêté l’arrêté ministériel n°002/CAB/Min/ECO/2004 portant fixation du barème des sanctions économiques) sur laquelle s’appuie le ministre de l’Economie pour les sanctionner. De l’avis de la FEC, cet arrêté a été abrogé par la loi n°04/015 du 6 juillet 2004 fixant la nomenclature des actes générateurs des recettes, administratives, judiciaires, domaniales et de participation ainsi que les modalités de perception.
De même par l’arrêté interministériel n°10/CAB/MIN/ECO /2005 et n°042/CAB/Min/FINANCES/2005 du 27 avril 2005 fixant des taux des droits, taxes et redevances à percevoir à l’initiative du ministère de l’Economie : 50 à 200 FF. Bien plus, la FEC a demandé au ministre des Finances de mettre sur pied une commission d’audit internationale « qui aura comme mission d’auditer sur la véracité des faits reprochés aux opérateurs économiques ».
Pour la FEC, le ministère de l’Economie devrait se contenter de percevoir les recettes provenant de la vente des revues économiques; de l’obtention du numéro national d’identification et amendes transactionnelles pour infraction à la législation sur le prix et le commerce. Ces arguments sont rejetés par le ministre Bulambo Kilosho qui estime que les actes du gouvernement ne peuvent faire l’objet d’audit. A la FEC d’ester en justice ou d’ouvrir un dossier du contentieux.
L’expertise de Synergy-Group
Evoquant cette question d’actualité lors de leur conférence matinale de jeudi dernier, les agents et cadres de Synergy-Group ont réfléchi autour des pistes de solutions pour sortir le Gouvernement, la population et la FEC de cette impasse.
Parmi les solutions, ils ont proposé que le Gouvernement développe une structure d’approvisionnement animée par des opérateurs économiques congolais. Ces derniers pourront intervenir dans la filière de différents produits importés, principalement les biens de première nécessité, notamment le riz, le poisson, le poulet…
De la sorte, la concurrence aidant les opérateurs économiques seront amenés à revoir leurs prix. Ce qui n’est pas le cas actuellement où profitant du régime de libéralisme économique et du monopole dont ils jouissent, certains opérateurs économiques étrangers s’illustrent par des prix exorbitants sur le marché. C’est le cas du poisson « Mpiodi » dont le carton est acheté en Namibie à 3,5 dollars et vendu à Kinshasa à 75 USD. Encore que ce prix varie plus on descend en provinces.
L’autre piste de solution tient à la politique d’incitation des opérateurs économiques congolais à investir davantage dans les provinces et milieux ruraux où résident 80% de populations. Cela aura pour effet d’augmenter la demande et d’amener l’offre à être plus raisonnable pour les consommateurs. De deux, les commerçants deviendront plus regardant sur la qualité et le standard des produits à proposer aux populations.
La troisième piste de solution est en rapport avec les efforts à mener par le Gouvernement pour casser le cycle d’extraversion de l’économie congolaise qui dépend de tout de l’étranger. Il en est ainsi des produits tels que cure-dents, papiers mouchoirs, habits…. Et pourtant, le Congo dispose du bois, des lacs, fleuve, ruisseaux, des étendues pour les cultures… capables de réduire sa dépense de l’extérieur.
La quatrième piste tient à la mobilisation des consommateurs congolais, qui doivent défendre leurs droits en brandissant la responsabilité sociale des entreprises opérant dans le commerce. Là-dessus, ils doivent être plus regardant sur la structure des prix et les raisons des hausses saisonnières des tarifs. Car avec le régime du libéralisme économique, le Gouvernement n’a pas la main mise sur les prix qui sont fixés en fonction de la loi de l’offre et de la demande. Or, la faiblesse congolaise est essentiellement justifiée par l’absence d’une forte demande et de la concurrence sur le marché, deux facteurs déterminants pour la fixation des prix
Y.N