A coeur ouvert avec l’Ambassadeur de Chine en RDC

Wu Zexian répondant aux questions d'Entreprendre

Ambassadeur sortant de la Chine en RDC, Wu Zexian aura été au centre de la mise en place d’un instrument de base des Cinq chantiers. Dans cette interview, il fait le bilan à mi-parcours de cette coopération et trace des pistes pour un développement rapide de la RDC. Il n’omet pas le caractère incontournable de l’amélioration du climat des affaires et met au clair le caractère nocif de la corruption et le besoin de discipline.

Entreprendre : Monsieur l’Ambassadeur, quelle évaluation faites-vous des relations économiques et financières avec la RDC, particulièrement dans le domaine des Cinq chantiers ?

Wu Zexian : Il y a, en fait, deux volets dans la coopération. Le premier volet, c’est l’aide au développement, un statut relativement plus simple à gérer. Il s’agit tout simplement d’accorder une aide annuelle au développement.

Chaque année, il y a une enveloppe de la part du Gouvernement chinois pour la RDC et pour l’ensemble des pays en voie de développement avec qui nous avons des relations de partenariat. Cette aide est composée de trois parties : les dons, les prêts sans intérêts et les prêts préférentiels.

Mais tout cela, est rarement en espèces. C’est principalement sous forme de travaux. Avec cette aide au développement, nous avons déjà réalisé pas mal de choses. D’ailleurs, ça date de très longtemps.

L’exemple du Stade (des Martyrs, NDRL) et du Palais du Peuple. C’était dans les années 70 et 80. Et après, nous n’avons pas arrêté avec les aides. Nous avons fait, dans ce cadre, l’Hôpital de N’Djili, une école à Kinshasa, un complexe scolaire à Kisangani. Nous avons précédemment aussi construit un centre de tri postal juste à côté de l’aéroport de N’Djili.. qui n’est pas exploitée…

Nous avions aussi une Sucrière à Kisangani, détruite par la guerre. Nous avons mis en place également une ferme pilote à N’Djili et une autre à N’sèle maintenant. Nous avons commencé les travaux, il y a un an, du tronçon routier entre l’aéroport de Kavumu et la ville.

Les travaux vont bientôt toucher à leur fin. J’ai visité Bukavu récemment pour constater que les travaux vont bientôt finir. Ce sera une belle route qui mènera les gens de l’aéroport à la ville. Ce qui n’était pas le cas avant, parce qu’il y a trois ans lorsque je suis arrivé, je suis allé pour la première fois à Bukavu : la route était dans un état lamentable.

Toujours dans le cadre de l’aide au développement et surtout avec des prêts préférentiels, puisque les prêts préférentiels représentent un important montant, nous avons fait un réseau de télécommunications à Kinshasa ; nous avons fait la joint-venture avec CCT qui permet aux opérateurs congolais de téléphoner à un prix compétitif. Nous avons aussi réalisé le projet de fibre optique Kinshasa-Moanda. Tout ça, ce sont des ouvrages réalisés dans le cadre de l’aide au développement, c’est-à-dire le premier volet.

Il y a un deuxième volet, à mon avis, qui doit être développé davantage. Le deuxième volet, c’est une coopération à caractère commercial. Donc, ce sont les entreprises qui prennent l’initiative, qui viennent nouer un partenariat avec des partenaires congolais sur une base commerciale en respectant un principe sacré de respect mutuel, avantages réciproques. Parce que s’il s’agit d’une coopération déséquilibrée qui profite à une partie au détriment de l’autre, cela ne peut pas tenir ni durer.

Donc, il y a, de plus en plus, d’entreprises qui souhaitent venir explorer le marché congolais, et le contrat, jusqu’à présent, qui est le plus important dans ce cadre est le fameux contrat chinois dont on parle énormément depuis près de deux ans.

Ce contrat consiste à explorer une mine au Katanga et en même temps, même en avance, réaliser des travaux publics. Le contrat a été signé en avril 2008. Les négociations ont été entamées plus tôt, dès 2007. Après plusieurs mois de négociations, les experts de deux côtés ont abouti à la signature du contrat. Et aussitôt après le contrat, et suivant ce qui est stipulé dans ce contrat, tout de suite la partie chinoise a commencé les travaux publics. Et donc, le premier des 4 axes des travaux publics est déjà en réalisation.

Il y a un qui est déjà achevé. Le Président de la République vient d’assister à la cérémonie de clôture des travaux. Il s’agit d’un tronçon de la Nationale 4 à Beni. Les trois autres sont respectivement un tronçon routier de la Nationale 5 à Lubumbashi. Ce sera bientôt terminé aussi.

Le troisième projet, c’est le Boulevard du Tourisme. Le premier tronçon est terminé depuis Chanimétal jusqu’au pont qui a été construit dans le cadre de ce projet. Au-delà du pont, cela va continuer. On m’a dit que ça devrait être très rapide, mais il y a un petit problème d’expropriation. De toute façon, ce sera bientôt terminé. Le quatrième projet que nous entreprenons, c’est l’Hôpital du Cinquantenaire. Les travaux vont terminer avant le 31 décembre de cette année. Ce sera un ouvrage important. Il y aura 400 lits. Ce sera bien équipé. On m’a dit que ce sera l’un des plus grands hôpitaux de l’Afrique centrale.

Tous ces quatre projets étant pratiquement à la phase terminale, il y aura des projets de deuxième lot.

Le premier projet du deuxième lot, c’est- à- dire le Boulevard du 30 juin, l’esplanade du Palais du Peuple, le Boulevard Triomphal…Tout ça a commencé aussi au début de l’année. Et pour permettre les festivités du 30 juin, on a terminé les gros ouvrages. Et après les festivités, on a continué pour terminer le reste. Bien sûr, il y aura d’autres projets parce que, selon ce fameux contrat chinois, la coopération va durer vingt ans. On continuera d’autres projets qui suivent.

Pour le moment, les autorités congolaises pensent construire des dispensaires et des hôpitaux partout dans le pays pour permettre à chaque province de bénéficier des impacts de cette coopération.

Il y a aussi le projet de refaire certaines parties du réseau ferroviaire et construire d’autres universités. Tout cela entre dans la vision globale de l’autorité congolaise pour ce fameux contrat. Alors du côté minier, pour commencer, on a fait d’abord des études de préfaisabilité pour donner une vision claire aux partenaires chinois, parce que c’est la base de financement des investissements dans les travaux publics. Jusqu’à présent, il y a déjà plusieurs centaines de millions de dollars qui sont injectés dans les travaux publics financés par Exim Bank chinois, qui soutient ce contrat.

Donc, on a commencé des études de préfaisabilité d’abord et ça été vite fait parce qu’il y avait des données nécessaires fournies par la Gécamines. Et il suffisait de revoir le fichier, actualiser un tout petit peu pour obtenir des études de préfaisabilité.

L’état actuel de cette mine : c’est un gros lac. Donc, il y a déjà beaucoup de choses à faire pour pomper de l’eau. Il faut pomper l’eau, vider le lac pour commencer à creuser des tunnels. Donc, il faut faire des études de faisabilité pour construire la mine elle-même et cela a pris un peu de temps. Mais, ces études de faisabilité sont terminées depuis fin juin de cette année. Maintenant, ces études de faisabilité sont soumises à l’examen des autorités chinoises parce que les deux entreprises chinoises qui sont impliquées dans cette coopération sont des entreprises publiques.

Quand il s’agit d’un investissement d’un montant important, il faut demander l’approbation des pouvoirs publics. Mais, il n’y aura pas de problème parce qu’il s’agit d’un examen technique, mais pas un examen à caractère politique ou économique, mais technique. Le contrat a, lui-même, été l’objet d’une approbation des experts chinois concernés. Là donc, au début, cela doit être examiné sous différents angles. Là, il faut des études de faisabilité.

Vous avez énuméré beaucoup de réalisations mais êtes-vous satisfait de la coopération avec la RDC et comment entrevoyez-vous les cinq prochaines années ?

Je suis tout à fait satisfait de cette coopération. Au début, on avait imaginé un calendrier plus rapide. On ne s’attendait pas à des événements, à des difficultés qu’on ne pouvait pas savoir en avance. Mais, comme il s’agit d’une coopération de grande envergure, et que ce modèle de coopération est une invention, une grande première.

On a constaté, en effet, au cours de l’exécution du contrat qu’il y a eu un peu de retards de deux côtés. Par exemple, pour l’approbation de tel ou tel papier… De fois, suite à la bureaucratie, cela peut traîner un peu plus que l’on croit. Et des fois, pour de simples questions d’expropriation, ça peut traîner. Ce sont des obstacles qui ont callé un peu. Mais, globalement, ça va très bien pour une coopération de si grande envergure, qui va durer très longtemps.

Est-ce que vous avez la facilité de faire venir de plus en plus d’opérateurs privés en RDC ?

Quand je dis des entreprises publiques, ce sont des entreprises qui agissent comme des entreprises privées. Chez nous, nous avons eu une réforme économique très profonde. Les entreprises étatiques agissent comme des entreprises privées, c’est-à-dire si elles travaillent mal, elles sont obligées de fermer la porte. L’Etat ne va pas leur donner un sou, parce qu’elles sont tombées en faillite. Les responsables des entreprises ont une responsabilité énorme de garder, bien sûr, leurs entreprises prospères, sinon elles seront obligées de fermer les portes. Et les responsables seront poursuivis par l’Etat, parce qu’ils ont été nommés là pour mieux faire fonctionner l’entreprise, pas pour la faire tomber.

En plus, il y a aussi des entreprises privées qui sont venues aussi dans ce fameux contrat. Il y a deux entreprises publiques qui sont actrices dans ce contrat, mais il y a aussi une entreprise privée, qui est associée, qui est déjà installée à Lubumbashi. Une entreprise minière basée à Lubumbashi depuis plusieurs années et qui a déjà investi près de 200 millions de dollars. Il y a aussi d’autres entreprises. A part ça, nous encourageons, bien entendu, d’autres entreprises privées à venir, pas forcément toujours dans le domaine des mines. Il y a, par exemple, les deux entreprises de télécommunications qui sont des grosses entreprises privées, qui sont déjà implantées en RDC depuis longtemps. Il y a une qui fait le réseau des télécommunications avec des prêts préférentiels. CCT, c’est la deuxième entreprise de télécommunications.

Cela fait des années qu’ils sont là. Donc, nous encourageons, bien sûr, les entreprises privées à venir. D’ailleurs, CCT, produit de la joint-venture sino-congolaise, a diversifié ses activités. En dehors des télécommunications. L’entreprise chinoise impliquée, ZTE, a diversifié ses activités et se lance aussi dans l’agriculture. Cela fait deux ans et demi qu’ils ont envoyé une équipe ici pour l’agriculture. Ils ont fait une expérience sur le Plateau (des Bateke NDLR) en sortant de Kinshasa, en allant vers le Bandundu. Leur champ d’expérience, c’est le Plateau pour cultiver le maïs. Mais, leur ambition est de faire de très grandes surfaces de palmeraies industrielles.

Pour commencer, ils ont, d’abord, fait une petite expérience en maïs. Ca tourne bien, mais ça ne tourne pas aussi vite. Ca ne correspond pas à leur projet de départ. Mais, de toutes façons, nous encourageons ce genre d’initiatives. La deuxième partie de votre question sur comment je vois cette coopération dans l’avenir. Premièrement, nous allons continuer à accorder des aides. C’est pour cela qu’il y a déjà plusieurs projets en cours. Il y a un deuxième réseau de télécommunications comme projet soutenu par les prêts préférentiels. Il y a un projet de rallongement de la fibre optique depuis Kinshasa jusqu’à Kasumbalesa pour que la RDC soit connectée d’un côté à l’Atlantique avec le câble sous-marin et de l’autre côté avec le réseau africain. Donc, nous avons toujours des projets de l’aide au développement avec des grands volets en matière technique pour construire des ouvrages publics.

c’est aux autorités congolaises de choisir les projets prioritaires et de l’autre justement, il faut encourager les initiatives privées

Lorsque vous regardez votre implication dans le secteur des infrastructures, une difficulté que vous avez connue essentiellement dans la Ville de Kinshasa, c’est l’absence d’un Plan d’aménagement urbain. Pourquoi est-ce que vous n’évoquez pas la question avec votre partenaire congolais pour mettre en place un Plan d’aménagement général du territoire, parce que ça donnera plus de visibilité aussi bien pour vous que pour le Gouvernement dans l’avenir dans le cadre de la planification des provinces ?

Je crois que les ministères des Travaux publics et du Plan ont des plans d’urbanisation, d’aménagement du territoire. Si on voit que toute la RDC n’est pas concernée. On voit ici un petit projet. De l’autre côté un autre, c’est parce que pour l’instant les moyens ne sont pas suffisamment importants. C’est vrai que ce qui est déjà fait est important, mais pour un pays comme la RDC, ce n’est pas un contrat, 10 contrats… il faut des milliers de contrats de ce genre. Il faut mobiliser l’ensemble des forces aussi bien extérieures qu’intérieures.

C’est comme cela que ça va avancer. Nous sommes bien placés pour le dire, parce que nous, nous avons connu les mêmes difficultés. Le pays était dans une situation économique très difficile. Nous avons fait une réforme; nous avons mobilisé tous les acteurs économiques du pays; nous avons attiré massivement les investissements étrangers. Et en trente ans, nous avons radicalement changé la région côtière. La région intérieure est toujours en retard, mais il y a une population qui avance vers le progrès. C’est vrai que, dans certaines zones côtières, nous avons déjà réussi à atteindre le niveau de modernisation mondiale. Il suffit que tous les acteurs reviennent dans la structure.

Nous prévoyons toujours l’aide au développement dans la mesure du possible pour des grands projets que j’ai évoqués, et continuer aussi des aides publiques. Chaque année, il y a toujours une enveloppe, c’est aux autorités congolaises de choisir les projets prioritaires et de l’autre justement, il faut encourager les initiatives privées, y compris les entreprises publiques qui opèrent comme des entreprises privées. Cela s’explique par le fait que l’aide au développement est toujours limitée. Si on arrive à faire mieux avec les entreprises privées, ce qui n’est pas évident à élucider, là on pourra résoudre le problème.

Chez nous, il y a un phénomène quand il s’agit d’investissement à l’extérieur. Il suffit de montrer un ou deux projets réussis, il y en a d’autres qui viennent massivement. C’est un effet de boule de neige. Je dis souvent aux partenaires : il faut faire des efforts pour réussir de façon rapide et exemplaire un ou deux projets d’initiative privée. Quand il y en a qui réussissent, les autres vont suivre. Il y a souvent chez nous des investisseurs qui voyagent en Afrique, qui cherchent des opportunités, ils traversent les pays. Donc, les investisseurs éventuels ne manquent pas. C’est le climat des affaires qu’il faut.

Le Gouvernement fait beaucoup d’efforts. La Primature convoque les ambassadeurs pour donner l’état actuel des choses en ce qui concerne l’amélioration du climat des affaires. Il faut attirer des investisseurs, en même temps il faut protéger les initiatives, encourager les initiatives locales. Les Congolais eux-mêmes, à ce stade, ne peuvent mobiliser autant de ressources pour subvenir aux besoins du pays. Il faut l’appel aux investisseurs étrangers.

Au début de notre politique de réforme, d’ouverture, nous avons accordé beaucoup de faveurs aux investisseurs étrangers. Le résultat, c’est que, eux, ils s’enrichissent beaucoup mais en même temps, nous nous développons rapidement.

C’est un gagnant-gagnant. Ils gagnent beaucoup. Nous avons résolu les problèmes de l’emploi, nous avons rapidement construit les infrastructures, nous avons aussi appris la technologie, nous avons aussi modernisé les zones de développement de façon très rapide. Donc, si on ne veut pas voir les autres s’enrichir, il n’y a pas d’intérêt et ils repartent.

Mais qu’en est-il du transfert de nouvelles technologies ?

Dans ce fameux contrat chinois, il est prévu le transfert des technologies. Nous les Chinois, nous attachons beaucoup d’importance à ce point, parce que nous faisons appel à des investisseurs étrangers. Donc, nous comprenons parfaitement les besoins des pays avec lesquels nous travaillons. Donc, il n’y a aucun problème pour transférer la technologie. Pour les projets qui sont en cours, ce ne sont pas des technologies de pointe ; il n’y a aucune raison de refuser le transfert des technologies. Banal, on peut même trouver tout cela à l’école. Donc, il n’y a aucun problème. Ce ne sont pas les technologies de pointe que l’on garde jalousement.

Lorsque l’on regarde votre approche dans le secteur médical, vous construisez des hôpitaux et vous faites venir des médecins qui contribuent à la gestion des hôpitaux. Est-ce la même approche que vous allez appliquer dans les universités ?

Justement, il y a un problème. Nous avons des équipes médicales qui viennent en RDC. Maintenant, nous sommes à la 14è équipe médicale qui est là. Mais, ce sont des gens qui viennent travailler bénévolement sans s’occuper de la gestion. C’est pour cela que nous disons souvent aux partenaires que la gestion est très importante. Nous avons l’Hôpital à N’Djili où une équipe est là. Mais, pendant très longtemps l’hôpital était en grève perpétuelle, successive. Cela a affecté le fonctionnement de l’hôpital. Les médecins chinois, qui sont venus, sont sans pouvoir de gestion. C’est dommage parce qu’ils ont été envoyés par la Gouvernement chinois. Ils sont payés pour travailler, servir les intérêts de la population locale. S’ils restent les bras croisés, c’est un gaspillage. La question de gestion est importante. Pour l’hôpital du Cinquantenaire, nous en avons déjà parlé avec les autorités. Il faut prévoir avant l’achèvement des travaux, le problème de gestion. Sinon, ce serait dommage. Car, on construit un hôpital tout neuf qu’on ne sait pas gérer, garder ; ça va tomber vite en ruine.

La RDC paie auprès des partenaires occidentaux le prix de ses amitiés avec la Chine. Avez-vous un plan d’appui au regard de la rétention opérée par la BM, le FMI… ?

Là-dessus, je suis toujours très clair et très ferme. D’abord, dès la signature du contrat, même avant l’annonce de la négociation entre les entreprises chinoises et les entreprises congolaises pour la discussion du contrat, j’ai dit devant la presse, devant le public, je me souviens toujours, c’était au Grand Hôtel. J’ai dit, à côté du ministre des Travaux publics : « La coopération entre la Chine et la RDC n’exclut pas du tout la coopération entre la RDC et les autres ».

Au contraire, nous serons contents de voir les autres partenaires venir plus nombreux à côté de nous pour aider le pays à se développer. Le pays est immense, il a besoin de beaucoup de travaux. Plus les partenaires sont nombreux, mieux c’est. Donc, de ce côté-là, j’ai déjà assuré tout le monde dès le début et je n’arrête pas de répéter la même chose. Et durant plus de deux ans, il y a eu des commentaires qui ignorent parfois la réalité des choses et je n’ai jamais arrêté de recevoir toute la presse qui vient s’informer sur le contrat chinois, pour leur donner des explications précises, simples et sans équivoques parce que la question essentielle est tournée autour d’une idée. Est-ce que cette coopération sino-congolaise va aggraver la situation d’endettement de la RDC. Je leur avais dit : « Pas du tout ». Et je donne tout de suite des explications précises.

Durant toute cette période, l’Etat congolais n’était pas tenu de rembourser quoi que ce soit en cas d’échec de ce projet. Cela est tout à fait théorique parce que la coopération a été portée sur des études sérieuses et pas sur une idée hasardeuse. Normalement, il n’y a pas d’inquiétude possible. Mais théoriquement, s’il y a d’échec, la RDC n’est pas tenue de rembourser quoi que ce soit. Parce que ce n’est pas l’Etat congolais qui est le partenaire. C’est une joint-venture fondée par les entreprises chinoises et la Gécamines en tant qu’entreprise d’Etat mais cela ne veut pas dire qu’en cas d’échec l’Etat qui est lui-même impliqué va dire : « Voilà cette joint-venture peut tomber en panne, fermer les portes ». C’est Exim Bank qui a sorti de l’argent. Donc, j’ai donné toutes ces explications à tout le monde, y compris aux missions d’études des institutions financières qui sont venues. Et ça de manière claire et précise. C’est ça le travail de soutien que j’apporte à mes frères congolais pour faire face à différentes formes de difficultés qui pourraient entacher le contrat.

Vous n’avez pas répondu à ma première question. Est-ce qu’il y aura des professeurs chinois dans les universités qu’on va construire ?

C’est dans le même schéma que l’hôpital. Jusqu’à présent, on n’a pas toujours eu de professeurs qui viennent enseigner. Bien sûr qu’il est souhaitable de voir qu’il y a des échanges universitaires. Jusqu’à présent, on essaye seulement d’accorder des bourses aux jeunes congolais qui vont étudier là-bas. Mais, nous avons le projet de créer deux centres Confucius, l’Institut Confucius : l’un à l’Université de Kinshasa et l’autre à l’Université de Lubumbashi. Le problème c’est que les instituts Confucius sont une sorte de centre culturel où on procède aux échanges culturels, où on peut aussi faciliter l’enseignement du chinois.

Bien sûr, on ne va pas se limiter à cela. Je crois qu’il y a déjà une université chinoise qui commence déjà à rentrer en contact avec l’Université de Lubumbashi, parce qu’il y a une entreprise qui a joué le rôle d’intermédiaire pour nouer les relations entre les deux. En ce moment-là, il y aura non seulement des échanges d’étudiants, mais aussi des professeurs. Ce qui sera une très très bonne chose.

Comment évoluent les échanges commerciaux entre les deux pays ? Qu’avez-vous découvert au Congo qui peut être exporté en Chine? Comment s’adaptent vos opérateurs économiques qui s’installent en RDC ?

A propos du commerce, je voudrais justement dire une chose : la RDC ne doit pas se contenter d’exporter uniquement les produits naturels. Il faut développer les secteurs industriels et agricoles. C’est vraiment important parce que si vous exportez uniquement des produits naturels, ce n’est pas très profitable. Il faut construire. Vous pourrez tout apprêter ici au lieu d’importer beaucoup de choses qui partent de Bombay, de la Chine… vous importez des vêtements, des chaussures, des meubles. Il y a de nombreux Congolais qui vont en Chine, pour l’impression, c’est bien mais pour la RDC, ce n’est pas la solution. Les échanges commerciaux, il faut que chacun ait des choses à vendre.

Donc, il faut que vous arriviez à attirer des investissements aussi bien étrangers que locaux pour créer des opportunités ici. En ce moment-là, il y aura des échanges équilibrés entre la RDC et la Chine. Il y a maintenant, c’est vrai, de petits commerçants chinois qui sont là. Mais, ce ne sont pas des échanges de haut niveau. Des vêtements, des chaussures… pour un pays comme la Chine et pour un pays comme la RDC, qui sont des nations très importantes, c’est vraiment misérable. Avoir des échanges commerciaux est une chose très importante. C’est ma vision.

Comment s’adaptent vos concitoyens qui sont en RDC ?

Il y a deux catégories de Chinois qui sont en RDC. Il y a des gens qui viennent avec les grosses entreprises, qui sont impliquées dans la coopération. Ils sont regroupés, encadrés par une firme. Le bureau économique de l’Ambassade est en contact avec eux pour voir si tout se passe bien. La deuxième catégorie de Chinois, ce sont des gens qui viennent à titre tout à fait individuel. Ce sont des Chinois qui vont partout, partout dans le monde. Vous les voyez même dans un coin très reculé. Vous trouverez un Chinois de cette catégorie n’importe où. Ce sont ceux des Chinois d’une certaine région spécifique. Ils ont la tradition d’émigrer à l’étranger malgré le fait qu’ils ne parlent ni français, ni anglais.

Récemment, j’ai rencontré un Chinois dont les gens de son village s’apprêtent nombreux à venir s’installer en Afrique. Pas seulement de son village mais de son coin. J’ai posé la question de savoir : « Comment vous communiquez avec les gens du village ? » Il m’a répondu : « C’est facile ». Ceux qui sont là commencent à parler le Lingala. Ce sont des gens que je ne connais pas mais j’ai rencontré l’homme par hasard au restaurant chinois. C’est un entrepreneur qui est là, qui emploie 200 ouvriers pour faire des chaussures. Bon, c’est bien, mais à mon avis, ce ne sont pas les chaussures qu’il nous faut. Si nous arrivons à fabriquer des automobiles, des produits industriels de haute valeur, c’est ça qu’il nous faut. Bon, il faut encourager d’abord. Il faut commencer là-bas. C’est pour cela que j’ai posé la question à celui-ci : « Comment vous communiquez avec eux ? » Il dit qu’ils apprennent la langue locale.

Quels axes proposez-vous à la RDC pour son développement ?

Bien sûr, il faut développer le secteur des ressources naturelles, puisque vous en avez. Ce sont des atouts. Mais, vous devez profiter de vos richesses. Il faut faire un travail d’exploration. Ce qui est exploité, c’est seulement une partie. Mais, cela ne suffit pas. Il faut développer rapidement l’industrie. Il ne faut pas se contenter de petites industries de fabrication des produits tels que les chaussures… Cela ne sert à rien ça. Il faut monter des usines de grande importance et des produits de haute valeur : les produits informatiques, mécaniques… et même pour les produits de construction, vous importez de tout. Vous pouvez trouver les matériaux de construction ici. Il faut développer l’industrie. Il faut aussi, ce qui est très important, développer l’agriculture. C’est la base de la vie de l’homme. Si tu n’es pas sûr d’avoir de quoi manger, tu n’es pas motivé pour faire autre chose. Il faut penser à résoudre le problème de ventre. L’agriculture, c’est stratégique. Il faut absolument la développer. Il ne faut pas dépendre des autres.

Si on a le surplus, on fait le commerce. Pour un pays qui compte 70 millions d’habitants, miser sur les autres pour la nourriture, si jamais il y a problème, c’est catastrophique. Donc, il faut absolument développer l’agriculture, mais là-dessus, il y a aussi des problèmes à résoudre. Il faut absolument assainir le climat de gestion du cadastre. C’est ce que le ministre du Plan m’a dit, l’autre jour à la Primature, pour expliquer le travail que fait le Gouvernement. Il a dit : « On est conscient de l’importance de la gestion du cadastre ». Il y a souvent des litiges. Il a encouragé les gens à cultiver la terre au lieu d’importer de quoi manger.

« Vous avez des conditions naturelles mille fois mieux que celles

de la Chine. »

Que pensez-vous de la structure financière de la RDC ?

Si l’économie n’est pas développée, il y a toujours un problème financier. Mais, la crise financière est très très grave, particulièrement pour un pays extrêmement riche, mais paradoxalement qui ne dispose pas de moyens financiers, même pour payer la Fonction publique.

Vous avez toutes les ressources. Vous avez des conditions naturelles mille fois mieux que celles de la Chine. Chez nous, chaque année, il y a des problèmes : sécheresse, inondations, tremblements de terre, éboulements de terre, typhons…, chaque année. Et ça nous coûte très cher. Et vous, vous n’avez aucune difficulté naturelle et vous disposez de tous les attouts, que nous n’avons pas. Et donc, vous avez des conditions très très favorables de vivre mieux que nous.

La Chine est connue pour sa politique de rigueur, quelle est votre appréciation face à l’opération « Tolérance zéro ». Quel parallélisme faites-vous avec le modèle chinois inspiré des arts martiaux ?

C’est crucial : la politique de « Tolérance zéro », la lutte contre la corruption, sans elle, il n’y aura pas d’amélioration du climat d’affaires. Et puis, il faut une main de fer. J’encourage la volonté de l’autorité du pays de persister dans ce sens, d’être déterminées à mener à bien cette lutte. Chez nous, c’est toujours impitoyable mais malgré tout ça, les cas de corruption sont enregistrés. Chez nous, il y a des condamnations à mort pour les hauts cadres qui s’aventurent dans la corruption. On a arrêté pas mal de personnalités assez connues et exécutées. Pas condamnés à mort et puis voilà… les laisser tranquilles. Si c’est condamné à mort au propre, ils sont rapidement exécutés.

Donc, c’est absolument nécessaire pour un pays qui compte beaucoup d’habitants et qui a des difficultés économiques, qui est en stade de développement. La lutte contre la corruption est absolument nécessaire. C’est un fléau qui freine le développement.

Vous avez été l’homme de grands contrats et de grandes réalisations. Peut-on connaître l’une des réalisations dont vous êtes le plus fier ?

Tous ces projets là sont importants. Tous les projets qui font suite au développement, qui font plaisir à la population, puisque ils servent aux intérêts de la République, nous en sommes fier. Pour ces projets-là, c’est la population qui est le meilleur juge.

Propos recueillis par Victoire EYOBI

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