
La forêt équatoriale régorge de nombreuses espèces d'arbres qui peuvent être transformées pour l'exportation
Face aux conséquences du changement climatique, à la crise financière internationale et à l’avancée des recherches scientifiques, le secteur agricole congolais ne saurait passer outre les opportunités qui se présentent à lui pour influer de manière significative sur l’alimentation dans le monde et engranger des milliards de dollars pour le trésor public.
Africa Synergies International a réussi mardi d28 décembre 2010 à réunir autour d’un forum les différents intervenants du secteur agricole de la RDC. Chercheurs, opérateurs économiques, banquiers, consultants… ont, tour à tour, donné leurs points de vue sur le développement de la filière agricole en RDC.
Le thème de la soirée était évocateur : « Quel modèle de synergie à mettre en place pour booster le secteur agricole en RDC ? ». Les participants ont focalisé leur attention sur les filières des producteurs agricoles, des industries de transformation, des distributeurs, des logistiques, des consommateurs et des secteurs bancaires.
Avec plus de 120 millions d’hectares de forêts tropicales et 97% des terres arables bénéficiant d’une saison culturale de plus de huit mois dans l’année, 135 millions d’hectares de terres agricoles, soit 34% du territoire national dont 10% seulement sont mises en valeur. Toutes ces potentialités doivent amener les pouvoirs publics congolais à encourager la mise en place des filières agricoles pour optimiser la production agricole et engranger des milliards de dollars. La production agricole est une puissance alternative à côté des mines qu’on ne saurait négliger.
Tous ces secteurs sont appelés à travailler ensemble pour la mise en place des réseaux puissants capables d’apporter le changement dans la production, la commercialisation et la distribution locale et à l’étranger des produits agricoles congolais. L’objectif est de disposer des réseaux qui maîtrisent la production, la commercialisation et la distribution des produits congolais.
Intervenant à cette occasion, le Professeur Yandju Marie Claire de l’Université de Kinshasa et présidente de la Fédération des femmes des Sciences et Ingénieurs du Congo, a indiqué que la production agricole en RDC stagne. La consommation de produits locaux ne monte pas pendant que la population des villes consomme de plus en plus des produits importés (jus de fruits, poissons, riz, haricots…). Et pourtant, nos produits peuvent être conditionnés sur place et exportés pour créer la valeur ajoutée et permettre aux paysans et à l’Etat de faire des recettes.
Mais, en attendant, les paysans ne profitent pas de leur production suite à l’absence de voies de communications (routes, ponts…), de l’absence de filières organisées, de l’imposition des prix par les commerçants qui viennent des villes.
A ce jour, la production agricole reste limitée à la mise sur le marché des produits bruts obtenus grâce à des moyens rudimentaires (houes, bèches…). Cette situation s’explique notamment par l’absence de moyens appropriés pour la transformation des produits agricoles dans le pays en vue de leur exportation. Les industries agricoles qui existaient à l’époque coloniale ont toutes été détruites. A la place, ce sont les industries brassicoles, tabacicoles et de panification qui prennent de l’ampleur dans le pays. Les exportations agricoles n’ont représenté qu’environ 10% du PIB en 2007 contre 40% en 1960. Depuis près de 3 décennies, le secteur agricole accuse des difficultés de plusieurs ordres notamment l’accès au marché, l’évacuation des produits, la conservation et la production cohérente d’encadrement des coopératives agricoles, d’élevage et de pêche.
Ces déficits contribuent à freiner durablement la croissance de ce secteur, à réduire la fourniture des intrants industriels et à maintenir la population dans les cultures d’autosubsistance et à la rendre vulnérable.
Le professeur Yandju a déploré l’absence de rapports de partenariats entre les communautés de base, les chercheurs et les pouvoirs publics, qui sont en contact avec les bailleurs de fonds et reçoivent des projets cousus de l’extérieur mais inadaptés aux réalités des paysans.
Le Congo doit donc prendre conscience de ses nombreuses richesses naturelles et de la bonne qualité de son sol pour contribuer au commerce mondial des produits agricoles. « Il n’y a qu’en Afrique où l’on trouve de la nourriture fraiche », confiait un scientifique européen. Mais, face à ces opportunités, la RDC pèche par l’absence de stratégie et de politique nationale agricole, a déploré M. Philippe Ngwala, Expert en Développement Social à la Banque Africaine de Développement. Pour lui, il faut une implication significative des pouvoirs publics pour réussir à mettre en place des véritables filières dans le secteur agricole. Cette implication permettra entre autres de réduire les tracasseries enregistrées principalement sur les voies de communications. Ces tracasseries sont à la base des taxes illégales pratiquées contre les commerçants et du temps perdu causé à l’acheminement des produits agricoles très périssables.
A cela, il faut ajouter que l’Etat doit encourager l’émergence des technologies nouvelles dans le secteur agricole. Les participants ont partagé également sur la nécessité d’augmenter les connaissances en matière agricole pour maximiser les récoltes et permettre aux consommateurs de bénéficier de meilleures cultures tant locales qu’étrangères. Le cas du riz chinois, canadien,… Il en est de même de la culture des fruits (mangoustan, oranges, …).
Comblé d’avoir réuni les acteurs du secteur agricole, le président de Africa Synergies International, M. Jean-Baptiste Bokoto, a plaidé pour la mise en place d’un réseau des différents intervenants du secteur. Il a démontré que le Congo doit résoudre les problèmes de la connaissance, de financement et de l’accès aux marchés. V.E.