
Dr Diabeno suivant les explications de M. Mulamba de Tikdem sur le site du HGRK en présence du représentant de Tigo lors de la journée Porte Ouverte (Photo Entreprendre)
Doté de matériels médicaux les plus performants, l’HGRK est en pleine informatisation de ses services au même moment, il reste ouvert à des interventions des privés pour la réhabilitation de ses bâtiments, son équipement en matériel médical et l’organisation des formations diverses pour son personnel. En marge de la Journée Porte ouverte organisée le 19 janvier dernier, nous avons interviewé le Président du Comité de gestion de cette institution hospitalière. Le Dr Diabeno livre ici la quintessence de différentes actions que mène son comité de gestion.
Entreprendre : Vous êtes à la tête de l’Hôpital Général de Référence de Kinshasa, qui est une entité autonome depuis quelques années, quelle est la différence entre le statut actuel et l’ancien ?
Dr Diabeno Kombe : Nous étions à une époque où l’hôpital était considéré comme une entreprise. Mais, ce statut a été abrogé par une ordonnance du Président de la République en 2003-2004. C’est un hôpital qui dépend du Ministère de la Santé. On nous a seulement accordé, dans le statut que nous avons jusque-là, une autonomie sur les plans financier et administratif.
Parlez-nous de votre mode de gestion, ses avantages et ses inconvénients ?
Actuellement, la gestion que nous avons est une gestion bien décentralisée. Dans ce sens que, les départements gèrent. Chaque département a un chef de département, un administrateur gestionnaire, un coordonnateur de budget. La gestion se fait au niveau de la base. D’où, la transparence, et le Comité de gestion ou la direction est là pour superviser cette gestion qui est décentralisée, pour coordonner les choses. Ainsi, nous avons, par exemple chez nous ici, un audit : des auditeurs qui peuvent aller dans n’importe quel département ou service pour voir ce qui se passe. Nous avons aussi toute une équipe de vérificateurs qui peuvent vérifier du côté financier si ce que telle entité doit à la Direction générale est vraiment ce qui a été versé, parce qu’il y a un certain pourcentage de répartition.
En gros, on responsabilise les gens au niveau de chaque département. Et là, le personnel voit, suit ce qui se passe, ce qui est produit, au lieu que ce soit une histoire cachée qui se passe seulement au niveau de la Direction générale. Dans chaque département, il y a un représentant des travailleurs dans le comité du département, qui suivent tout ce qui se passe au niveau du département avant que les choses ne passent au niveau de la Direction générale. C’est une bonne chose ce genre de décentralisation. Il en faut dans notre pays : arriver à cette gestion là.
« (…) attendre tout de l’Etat,
c’est difficile»
Dans le cadre de ce mode de gestion, vous jouissez de marges de manoeuvres qui vous ont permis d’approcher des privés… parlez-nous de vos fruits ?
Comme on aime souvent dire : notre pays est un pays post-conflit. Ce qui fait dire qu’attendre tout de l’Etat, c’est difficile. Quand on parle de l’hôpital public, on suppose que l’Etat doit donner des subsides conséquents pour que les choses marchent. Mais jusque-là, cette difficulté subsiste. Donc, il fallait cogiter : est-ce qu’il fallait croiser les bras et regarder les choses. On en est arrivé à contacter effectivement certains partenaires. Le cas de la Sonas qui a pu réhabiliter tout un pavillon, le pavillon d’orthopédie, là où on hospitalise les patients qui ont fait des accidents de circulation. La Sonas a aussi fait quelque chose pour la réhabilitation de la salle d’opération 4 là où l’on soigne les traumatisés dans le cadre de l’orthopédie. La Sonas a pu aussi réhabiliter un autre pavillon qui était resté inachevé pendant plus de vingt ans, le pavillon qui est en face (de la Direction générale, NDRL) là où nous avons installé notre service de dyalise.
En dehors de la Sonas, nous avons la société Vodacom qui a réhabilité avant tout le pavillon 11, toujours de l’orthopédie et ensuite le pavillon 6 de chirurgie générale. Vodacom nous a aidés à installer dans notre bibliothèque une antenne internet, parce que nous avions 10 ordinateurs qui bénéficient désormais d’une connexion haut débit. Cela permet donc aux médecins, et à d’autres praticiens de consulter.
Qu’est-ce qui justifie votre engagement pour l’informatisation de l’hôpital et en quoi votre système est une avancée et une innovation ?
Toujours dans le cadre des partenariats, nous avons réfléchi au système de gestion. Quand on parle des hôpitaux, on dit que la gestion est décriée… Pour notre cas, on s’est posé la question de savoir : comment arriver à bien contrôler cette gestion? C’est ainsi qu’un partenaire important Synergy-Group nous a aidés pour que nous puissions mettre en place une gestion informatisée.
Pour le moment, on est entrain d’installer des serveurs. Ce qui fera qu’à partir de la direction, il suffit de cliquer un peu pour se rendre compte de ce qui se passe à la médecine interne, du côté financier, la gestion des déchets médicaux… C’est une bonne avancée si d’ici le 19 janvier on parvient vraiment à mettre cela en pratique. C’est une avancée énorme dans la gestion de cet hôpital : gestion administrative, financière, médicale.
our tout cela, nous pensons que Synergy-Group est un partenaire très très important.
Quel apport aura votre système informatique pour les scientifiques et pour le système de santé national ? Est-ce duplicable ?
Actuellement, par exemple, quand on doit récolter certaines données sur les formations sanitaires. Bien sûr, nous avons un système d’archives, un système de tarification et autres. Ce qu’on appelle ici le service de mouvement des malades. Mais, nous trouvons que nous ne récoltons pas toutes les données.
Il y a beaucoup de données qui nous échappent alors que notre hôpital avec la capacité qu’il a et l’occupation des lits avec le nombre de malades, toutes ces données peuvent aider beaucoup de scientifiques à faire des recherches. Nous avons beaucoup de gens qui viennent faire des recherches. Certains grands chercheurs, par exemple dans le cadre de HIV, sont passés par ici.
C’est ici par ailleurs que nous avons pu mettre en pratique comment détecter de façon clinique, c’est-à-dire affirmer qu’il peut s’agir ici d’un problème de HIV. Des grands scientifiques comme Malu et autres sont passés ici. Dans beaucoup d’autres domaines, nous avons des chercheurs, certains nous viennent de l’Université nationale et d’autres universités.
Quelles sont les innovations pour 2011, avez-vous un plan pour de nouveaux bâtiments et des équipements modernes ?
Nous sommes prêts si on veut réhabiliter les bâtiments de l’hôpital. Comme vous le savez, c’est un hôpital qui date de 1912.
Bientôt, on va fêter les 100 ans. Mais, réhabiliter tous les bâtiments, il faut avoir de gros moyens. Nous sommes décidés depuis 2006 de ne pas rester en arrière dans le cadre scientifique, donc de la technologie qui avance. La médecine actuellement demande des moyens technologiques modernes. C’est ainsi qu’on a modernisé notre département d’imagerie médicale. Nous avons un système de radiographie digitalisée. Nous avons un scanner qui peut détecter certaines pathologies qui sont difficiles à détecter avec la radiographie classique. Nous avons donc maintenant le Codoplaire, nous avons un appareil sophistiqué de mamographie.
De là, nous avançons vers d’autres départements, que ça soit au laboratoire, que ça soit pour les examens courants et surtout nous avons du modernisme avec nos appareils qui sont de dernier niveau.
Du côté des départements comme la chirurgie et la gynécologie où on veut larguer l’idée des investigations que ça soit du diagnostic ou thérapeutique avec l’histoire de la parascopie, des andoscopies… On a quelques équipements qui sont là, mais nous voulons vraiment aller de l’avant. Nous n’avons pas tout mais il ne faut pas croiser les bras et attendre. Allons de l’avant!
Parlez-nous de votre patrimoine «Ressources et expertise humaines», le nombre et
les qualifications?
Nous avons un grand patrimoine du côté ressources humaines. Rien que le corps médical, l’hôpital compte une unité pour le moment de 175 médecins, et parmi eux on a des spécialistes et des généralistes dans différents domaines. Du côté spécialistes, en orthopédie, nous avons des spécialistes en chirurgie générale et digestive ; nous avons des spécialistes en chirurgie cardio-vasculaire.
Mais, il faut des équipements pour qu’ils puissent mettre en évidence leur qualification. Nous avons des spécialistes en neurologie, en ophtamologie, en orel, en stomatologie, en cardiologie du côté de la médecine interne.
Du côté personnel infirmier, nous avons différentes catégories : des infirmiers A2 licenciés en sciences infirmières et dans différents domaines. Le nombre d’infirmiers est beaucoup plus élevé : 900.
Si nous parlons du nombre de lits, nous avons l’équivalent de 1620 lits dont 1020 sont occupés par les malades. Nous accueillons entre 600 et 800 malades par jour.
«Cet un hôpital qui continue
à rendre service à la nation»
Pourquoi les gens reviendraient-ils à cet hôpital aujourd’hui plus qu’hier?
Cet hôpital n’est pas moribond. Beaucoup de gens devraient faire en sorte qu’il puisse aller de l’avant. Cet un hôpital qui continue à rendre service à la nation. Avec peu de moyens, l’hôpital fait en sorte qu’on puisse satisfaire les différentes personnes qui viennent avec les différentes maladies. Quand il y a par exemple une catastrophe, un accident, on a souvent recours à l’expertise de notre hôpital. Mais, de fois, les choses se font calmement, il n’y a pas beaucoup de publicités.
Je suis content de voir parfois certaines personnes qui viennent de l’extérieur, qui s’attendaient à trouver ici des bâtiments en délabrement, une brousse… et découvrir les résultats de ce que nous faisons avec les moyens que nous avons. Je dis chapeau. Nous avons parlé avec un de nos gynécologues qui vient de participer à un congrès de gynécologie… il a été primé comme lauréat grâce au travail qu’il a fait ici et qu’il a présenté là-bas. Donc, vous voyez, il y a beaucoup de choses que nous pouvons faire.
Propos recueillis par Victoire Eyobi