RDC-Banque Mondiale : difficile cohabitation

Les relations entre le Congo et la Banque mondiale ont besoin de nouveau reajustement.

Entre la Banque Mondiale et la République démocratique du Congo, les rapports flottent. Le paroxysme de ces relations tumultueuses a été atteint avec la suspension en 2010 du projet ProMines, financé à raison de 180 millions Usd, pour la réorganisation et la relance du secteur minier congolais. Depuis, la Banque Mondiale a gelé ses nouveaux engagements en faveur de la RDC, hormis ceux touchant au secteur de la santé. En mars 2011, des négociations sont prévues entre les deux parties pour dégager un compromis et reprendre, enfin, la coopération selon de nouvelles règles de jeu.

Un vent froid souffle depuis 2010 sur les rapports entre la République démocratique du Congo et la Banque mondiale. Le premier signe de désaccord entre les deux parties est apparu en 2010 avec la suspension par la Banque Mondiale, sur décision de son Président, l’américain Robert Zoellick, du projet ProMines que son institution finançait en RDC pour 180 millions Usd. A la base, l’on a notamment évoqué les divergences sur le projet de traitement des rejets de Kingamyambo et du plateau de Musonoi dans le Katanga, mieux connu sous la dénomination Kingamyambo Musonoi Tailings (KMT) ; projet dans lequel la Banque Mondiale était associée à hauteur de 7,5%, via sa filiale SFI (Société financière internationale).

Depuis, les rapports entre les deux parties sont entrés dans une zone de fortes turbulences. Car, outre la suspension du projet ProMines, la Banque Mondiale est allée jusqu’à geler toute forme de nouvel engagement financier en faveur de la RDC. Seuls sont en cours les anciens projets, déjà en exécution. De l’avis de Washington, tant que Kinshasa ne répondrait pas à ses exigences, notamment celles portant sur la bonne gouvernance et une meilleure sécurisation de l’investissement privé, aucun autre projet ne devait être approuvé pour le compte de la RDC. Washington s’est donc cabré sur cette position, obligeant ainsi le gouvernement à faire preuve de réalisme dans ses rapports avec l’institution de la 19 Street de la capitale fédérale américaine.

MARIE-NELLY SE DEVOILE

Jusque ce lundi 14 février 2011, l’on pensait que les nuages entre la RDC et la Banque Mondiale s’étaient effacés avec le temps. Mais, devant la presse, réunie ce lundi 14 février 2011 à la représentation de la Banque Mondiale en RDC, Marie-Françoise Marie-Nelly, directrice des opérations de la Banque Mondiale pour la RDC et le Congo/Brazzaville, a affirmé le contraire. En effet, a-t-il dévoilé, le litige – bien plus le contentieux entre les deux parties – n’a jamais été résolu. Ainsi, jusqu’à ce jour, la Banque Mondiale a décidé de suspendre tout nouveau projet en faveur de la RDC, hormis, a-t-elle dit, des projets ou programmes orientés vers le secteur de la santé. C’est le cas, note-t-elle, de 80 millions supplémentaires affectés au projet d’appui à la réhabilitation du système de la santé (Parss) en soutien à la lutte contre la malaria. Ainsi, outre cette intervention, exceptionnelle, de l’avis de Marie-Nelly, rien ne devait être alloué à la RDC tant que de profondes divergences subsisteraient entre les deux parties.

Aussi, se sont-elles accordées d’ouvrir de nouvelles négociations en mars 2011 pour faire l’état des engagements souscrits de part et d’autre. Dans ces nouvelles négociations, la plus grande part revient à la RDC qui doit répondre aux exigences de la Banque Mondiale. Toujours est- qu’à l’absence d’un compromis, la Banque Mondiale a déclaré une « pause » – le terme est de sa directrice des opérations en RDC – dans ses nouvelles interventions en RDC. C’est en mars 2011, a-t-il dit, que la Banque Mondiale jugerait de l’opportunité de reprendre un quelconque dialogue avec la RDC.

Comme soufflant le chaud et le froid, la directrice Marie-Nelly a fait remarquer que, malgré ces divergences et le gel de tout nouvel engagement, la Banque Mondiale « maintient sa présence en RDC à un niveau élevé », relevant, toutefois, que dans ses interventions, « il y a bien des choses à améliorer ».

En cette année 2011, cinq projets financés par la Banque Mondiale arrivent à maturité. Ce qui suppose un nouveau challenge pour le gouvernement appelé à en pérenniser les acquis. En est-on conscient à Kinshasa ? La Banque Mondiale ne pense pas le contraire, à en croire sa directrice des opérations en RDC. Toutefois, Marie-Nelly s’est dit fière d’avoir accompli la tache qui lui revenait. « Nous avons tracé le chemin, c’est au gouvernement de faire le reste », a-t-elle dit.

Aussi, a-t-elle relevé que, dans les perspectives pour 2011 et dans le contexte du passage des projets d’urgence aux projets plus sectoriels avec forte implication de l’Etat bénéficiaire, Kinshasa mesure la portée de sa tâche. Pour l’essentiel, elle se décline, selon elle, en deux axes. Dans un premier, pense-t-elle, la Banque Mondiale entend de la RDC, pour les prochaines années, plus de gouvernance pour mobiliser davantage des ressources propres (internes), et de l’autre, un efforts supplémentaire pour parvenir à jouer un rôle clé dans la sous-région en attirant plus d’investisseurs. Mais, pour y parvenir, note Marie-Nelly, « la RDC doit restaurer la confiance » non seulement vis-à-vis de son peuple mais surtout vis-à-vis du monde extérieur. Ne serait-ce sur ce thème principal que se concentreront les prochaines négociations de mars 2011 ? Il ne sert à rien d’épiloguer sur le sujet. Pour l’essentiel, il y a lieu de retenir qu’entre la RDC et la Banque Mondiale, les rapports ne sont pas encore au beau fixe. Il y a bien des choses sur lesquelles les deux parties devaient se mettre d’accord. Mars 2011 est celui de tous les enjeux pour savoir si la Banque Mondiale maintiendra ou ne maintiendra pas son appui à la reconstruction de la RDC.

Elle en a déjà fait la preuve avec le financement des travaux de réhabilitation de l’avenue Kasa-Vubu à Kinshasa, la construction du 3ème module de l’usine de traitement d’eau de N’Djili, le pont Loange à la frontière Bandundu-Kasaï Occidental, le nouveau Mpozo sur la RN 1, les travaux sur la RN 2 entre Kisangani-Beni et la RN 4 entre Mbuji-Mayi et Bukavu. Les exemples sont légions.

Alors, la question qu’il faut se poser est celle de savoir si la Banque Mondiale, qui pèse pour plus de deux milliards Usd dans les projets et programmes financés en RDC, est prête à tourner le dos à la RDC.

En sera-t-il le cas après mars 2011 ? La RDC a-t-elle une solution de rechange pour palier l’absence de la Banque Mondiale ? La Chine pourrait-elle être mise à contribution ? Des questions qui valent leur pesant d’or en ce temps, de reconstruction.

Toujours est-il que, à fin 2010, le portefeuille actuel de la Banque mondiale en RDC représente 2,877 milliards Usd et comprend 19 projets dont six projets d’urgence et treize projets sectoriels traduisant ainsi la volonté de la Banque mondiale et du gouvernement congolais de passer graduellement de la phase d’urgence entamée avec la reprise de la coopération en 2001 à celle de développement durable.

Ce portefeuille couvre principalement trois secteurs : les infrastructures (78,91%), le secteur social (14,961%) et la gouvernance/réforme (6,12%).

Ainsi, l’engagement total de nouveaux projets approuvés depuis 2010 s’élève à 590 millions Usd et couvre des secteurs tels que le transport, la santé, les mines, la protection sociale etc. Trois projets d’un montant de 362 millions Usd sont en préparation et devraient approuvés en 2011. En janvier 2011, le montant total du décaissement du portefeuille était de 1,14656 milliards Usd, soit environ 42%.

De l’avis de la Banque Mondiale, ce taux de décaissement a été rendu possible grâce à une meilleure supervision des activités sur le terrain par les équipes de la Banque mondiale et au dynamisme des Unités de gestion des projets et d’autre part, par une simplification des procédures (Client connection, e-signature, etc.) accélérant ainsi le niveau de décaissements afin d’arriver à des résultats tangibles sur le terrain.

Le Potentiel du 16 fevrier 2011

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