Rien ne va plus à l’ex-Office national des transports (ONATRA) devenu Société Commerciale des Transports et Ports (SCTP). Après l’échec de l’expérience de gestion des cadres européens, c’est à présent le tour des cadres dirigeants congolais d’affronter la fronde des travailleurs désappointés et mal payés
Une fois de plus, la Société Commerciale des Transports et Ports (ex-Onatra) est de paralysée par un arrêt de travail décidé par le ban syndical. Le débrayage débuté le lundi 07 mars dans cette entreprise publique en transformation est observé dans toutes ses installations à Kinshasa.
Dialogue des sourds. La tentative de dialogue initiée par le président du conseil d’administration (PCA) le week-end dernier n’a pas permis aux deux parties – d’un côté l’employeur, et de l’autre et les syndicats – de s’asseoir autour d’une table et d’échanger ce qui les divise. Le haut degré de suspicion et le trafic d’influences semblent avoir pris le dessus sur la raison et l’intérêt supérieur de la société. Officiellement, les travailleurs reprochent à l’employeur le non respect de certaines clauses contenues dans la Convention collective. Spécialement son engagement à assurer un salaire régulier et décent au personnel de l’entreprise. Or, estiment les milieux syndicaux de la SCTP, les travailleurs restent impayés ces trois derniers mois. Tandis que l’employeur s’élève contre certains syndicats qui, affirme-t-il, le combattent et incite au refus du sacrifice qu’impose le relèvement de leur entreprise.
Patron autosuffisant. Plus généralement, le personnel s’élève contre un discours d’autosuffisance de leur Administrateur-directeur général (ADG) qui friserait la démagogie et le mensonge. Des sources contactées affirment que l’ADG Basaula aurait pris l’habitude de se répandre en des propos mensongers du genre : « j’ai réhabilité 3 embarcations en 2009, 10 bateaux en 2010 et je compte en réhabiliter 18 en 2011 » ; « je paie régulièrement les salaires des agents et cadres, l’entreprise n’a pas de dette sociale à apurer », etc.
Bilan contesté. Côté syndicats, l’on indique qu’au sujet des bateaux prétendument remis à neuf, il s’agirait en réalité des embarcations repeintes au fur et à mesure que le Service national et l’armée congolaise les rétrocèdent à la SCTP. L’attitude d’orgueil, d’arrogance et de manipulation de l’opinion affichée par le patron de l’ex-ONATRA serait au centre de la contestation de son bilan par les partenaires syndicaux.
Un homme seul. C’est dans ce contexte que le siège social de l’entreprise (le Building Onatra) est quadrillé par la police congolaise (et non la police Onatra) qui assure la sécurité du chef d’entreprise et de son cabinet. L’ADG travaillerait reclus dans son bureau où n’y accèdent que des affidés, des inconditionnels et des délateurs, avancent ses détracteurs.
Un géant en carton. La SCTP est l’un des géants des transports en RD Congo. Elle assure un transport multimodal – voie fluviale et voie ferrée essentiellement dans l’Ouest du pays. Elle exploite aussi les ports maritimes à Matadi, Boma et à Moanda. Elle est présentement sur un projet de modernisation du réseau interurbain de transport par rails à Kinshasa. Mais l’exploitation des voies navigables (lacs, fleuve Congo et ses affluents) reste le maillon faible de l’entreprise qui a cédé sa part de marché à des petits exploitants privés qui rendent un service qui laisse trop à désirer.
Transition chaotique. Ces trois dernières années, la société a connu trois différents dirigeants dont au moins 3 cadres européens qui ne sont jamais allés au bout de leurs contrats. Victime de la spoliation, corruption et de la prédation de ses ressources matérielles et financières, elle est engagée dans un processus de transformation juridique et économique qui ne suscite pas l’unanimité. Intrigues, soupçons, coups bas, tribalisme et fétichisme rythment la vie au quotidien à l’ex-ONATRA.
Extirper les malentendus. La grande difficulté relevée par les observateurs est que tout le monde n’a pas la maîtrise des tenants et des aboutissants de cette étape de transformation initiée par le gouvernement via le COPIREP, ce qui est à l’origine de plusieurs malentendus. Problème de sous information, question d’intérêts divergents mais surtout les interférences politiques au plus haut niveau. Y.N