Dans le but d’aider le monde rural congolais à sortir de sa léthargie, la Banque Africaine de Développement a pris l’initiative de financer une étude portant sur la restructuration du Ministère du Développement Rural en vue de renforcer ses capacités pour une intervention plus efficiente en milieu rural. Ce travail de restructuration a été réalisé par le Dr. Gaston Nganguzi Rwasamanzi au cours d’une mission intensive de plusieurs mois auprès de l’administration centrale à Kinshasa et des administrations provinciales à l’intérieur du pays. Dr Gaston Nganguzi Rwasamanzi s’est confié à Entreprendre à l’issue de son enquête. Interview.
Entreprendre : Monsieur Gaston NGANGUZI RWASAMANZI, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs?
Gaston Nganguzi Rwasamanzi : Je m’appelle Gaston NGANGUZI RWASAMANZI. Je suis docteur en économie et administration des entreprises de l’Université Montesquieu de Bordeaux, et administrateur agrée au sein de l’ordre des administrateurs agrées du Québec (OAAQ). Je suis Consultant international et travaille sur les questions d’analyse économique, ainsi que celles portant sur la gouvernance publique et privée. Présentement, je viens d’achever une mission en RDC sur la restructuration du ministère du Développement rural.
Vous êtes résident au Canada, qu’avez-vous eu à faire les six derniers mois en RDC ?
La mission qui m’a été confiée était financée par la Banque Africaine de Développement à travers le Projet de Réhabilitation du Secteur Agricole dans les provinces du Katanga, du Kasaï-Oriental, et du Kasaï-Occidental (PRESAR), et portait la restructuration du ministère du Développement Rural. Cette mission consistait fondamentalement à analyser de quelle manière le concept du développement rural était perçu par l’administration du ministère en RDC, à étudier de quelle manière les attributions et la mission du ministère étaient définies dans les textes de loi, et à effectuer un vaste diagnostic des organes du ministère et de leurs mécanismes de fonctionnement. A terme, cette vaste revue devait permettre d’évaluer la pertinence, la cohérence, l’efficience, l’effectivité, la pérennité et l’impact de l’action du ministère en milieu rural.
L’élaboration de ce diagnostic m’a amené à travailler non seulement avec le ministère du développement rural, mais également avec les autres ministères et institutions partenaires qui interviennent en milieu rural, ainsi qu’avec les partenaires au développement de la RDC qui financent des projets destinés à promouvoir le développement du monde rural.
A l’issue de cette vaste enquête menée à Kinshasa et en province auprès de toutes parties prenantes, des recommandations ont été formulées et regroupées au sein d’un plan d’action stratégique. Cette série de recommandations faisant partie du plan d’action porte sur des facteurs majeurs du management du ministère notamment, et entre autres : la nécessité de redéfinir avec plus de clarté la mission du ministère pour éviter les duplications avec d’autres ministères (principalement celui de l’agriculture), l’ajustement du nombre de directions et la redéfinition de leurs attributions et missions, la problématique de l’exécution budgétaire (au cours des sept dernières années par exemple la moyenne de l’exécution du budget pour ce ministère n’a été que de 36%), la problématique des salaires dérisoires et de la nécessité du paiement des retraites, les questions de communication interservices, le recensement des expertises, le déploiement du personnel en milieu rural à la base (aujourd’hui presque 30% des effectifs devant travailler en milieu rural sont à Kinshasa), les problèmes de communication avec les ministères partenaires, la nécessité d’un audit organisationnel au niveau provincial en vue de déterminer les effectifs au niveau des provinces, la maîtrise des statistiques du monde rural et la création d’une banque de données du secteur rural, ainsi que l’élaboration d’une politique de recrutement au niveau national etc.
Il convient de signaler, pour clôturer cette question, que le monde rural représente 80% de la population congolaise, et 70% du territoire national, et que ce secteur ne reçoit que 0,87% du budget national (moyenne des sept dernières années), qui ne sont exécuté qu’à 36%. Ce dernier facteur est proprement dévastateur pour le développement du monde rural.
Avez-vous travaillé sur des programmes similaires ? Lesquels et où ?
Je dirais plutôt que j’ai effectué des missions sur des projets comparables. J’ai notamment travaillé sur la définition et la mise en place des structures et des mécanismes de fonctionnement de nouvelles institutions, et également sur la restructuration d’institutions existantes dans des secteurs autres que ceux du développement rural. Entre autres mandats de ce type, j’ai été recruté pour définir et mettre en place les structures et les mécanismes de fonctionnement d’un organisme nommé Rwanda Investment & Export Promotion Agency (RIEPA), j’ai également travaillé sur la mise en place de l’agence chargée de la gestion du plan de développement régional (PDR) de la région exportatrice de pétrole du sud tchadien. J’ai aussi élaboré, pour le compte de la firme canadienne Cima International une méthodologie pour la préparation de la restructuration des activités de la RVA en RDC.
Ceci dit, j’ai en outre développé une solide expertise dans l’élaboration de plans de développement à moyen et long termes de type DSRP de seconde génération ainsi dans le renforcement des capacités des ministères et des agences gouvernementales.
Après l’étude faite au ministère du développement rural, est-ce qu’on peut connaitre les perspectives ?
Présentement, tous les indicateurs du secteur rural que ce soit en matière de santé, d’éducation, de nutrition, d’accès à l’eau potable et à l’électricité etc…sont au rouge. C’est une situation qui doit changer radicalement et pour cela, il faudrait qu’une part plus significative du budget national soit allouée au développement rural et surtout que son exécution soit de 100%, par ailleurs, il faudrait une véritable politique dédiée au développement du monde rural avec des objectifs mesurables, enfin, tout cela ne peut être mis en œuvre que par un ministère bien restructuré qui conduirait son action avec efficience. Le monde rural représente un des piliers du développement de la RDC rappelons-le.
Après Kinshasa, Cap sur le Canada ? Qu’y a-t-il dans votre portefeuille de contrats ?
L’Afrique de l’Ouest francophone et anglophone offre présentement un potentiel substantiel de projets qui intéressent grandement les bailleurs de fonds, de même que les consultants seniors de ma catégorie.
Qu’est –ce qui fait l’efficacité de vos études ?
La formation, l’information, une mise à niveau régulière organisée dans le cadre de l’Ordre des Administrateurs du Québec, expérience une expérience de 30 ans ainsi que l’engagement personnel et le respect de l’éthique.
Quel est votre message ?
Que l’Etat congolais consacre une fraction significative de ses ressources financières et humaines au développement du monde rural, et qu’il fasse preuve de plus de proactivité dans le cadre de ses relations avec les bailleurs de fonds pour une action commune orientée vers le développement du monde rural.
Propos recueillis par Victoire EYOBI
