A l’initiative de la Représentation de la Banque Mondiale à Kinshasa et de la Fondation Entreprendre, il a été organisé le vendredi 14 octobre 2011 au siège de la Banque Mondiale une réflexion stratégique sur « Au-delà de l’aide : Regards croisés sur le discours du président Zoellick ». Les participants venus de diverses couches de la population congolaise se sont prononcés en toute franchise quant à une nouvelle vision de l’aide capable de booster le développement de la RDC.
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ette réflexion a réuni autour de la table des personnalités du Gouvernement, des partis politiques, des secteurs privés, de la Société Civile et du monde académique. L’assistance a été honorée par la présence du Ministre du Plan Olivier Kamitatu qui a activement participé aux réflexions.
Trois interventions ont préparé l’assistance au débat. Il s’agit de l’intervention de :
-M. Eustache Ouayoro, Directeur des opérations de la Banque Mondiale, a, dans son introduction au discours du président Zoellick, indiqué qu’au-delà de l’aide, il s’agit du développement car le continent africain est frappé par un retard énorme. La vraie question est de savoir comment utilise-t-on l’aide pour le développement. L’aide doit créer les conditions pour le développement qui reste de la responsabilité des Etats.
Chiffres à l’appui, il a démontré les efforts que fournit la Banque Mondiale pour apporter l’information aux décideurs, améliorer le cadre macro-économique, accompagner l’Etat dans ses différentes réformes. Pour lui, l’aide ne doit être qu’un complément aux efforts internes que doivent fournir les Etats.
-le professeur Emile Bongeli, Vice-Premier Ministre Honoraire, a révélé que le président de la BM ne souligne pas assez le rôle de la responsabilité de l’Etat mais promeut les ONG. Nulle part, on a vu les ONG générer le développement de l’Etat. Le désengagement de l’Etat au profit des ONG ne favorise pas son développement.
«C’est un discours révolutionnaire», a-t-il ajouté. Le président de la Banque Mondiale a reconnu que les uns se sont développés et les autres se sont appauvris. Ce discours sort de l’ordinaire de la part d’un président de la BM en fonction.
D’où, la nécessité de changer les choses, notamment avec la montée des pays émergents. Leur dynamisme contraste avec les économies sur-industrialisées des Etats européens.
CHANGER D’ATTITUDE VIS-A-VIS DE NOTRE DESTIN
-A.L. Kitenge, président de la Fondation Entreprendre a démontré dans sa présentation que l’interpellation de M. Zoellick invite les Congolais à changer d’attitude vis-à-vis de leur destin en dépassant, sans états d’âme, les limites du passé.
Se référant à M.Tembisa Moyo, économiste zambien qui est revenu dans ses études sur les grands thèmes soulevés par le président Zoellick, il a invité l’assistance à tropicaliser le discours du n°1 de la Banque mondiale.
Il faut créer une économie intelligente, édicter des critères de performances, être capable de se projeter dans le temps, être en mesure des poser des actes durables et cumulables, déterminer les objectifs.
L’Etat doit choisir son rôle dans le monde. Le Président de la BM montre que le rapport des forces a changé. Dans le nouveau monde, la RDC a reculé, n’a pas de plan d’adaptation, répond aux urgences et manque de plan d’anticipation.
Les Congolais doivent rendre compte de leur situation marquée par la fragmentation de leur économie entre plusieurs zones monétaires, des conflits, des contrats léonins… Mais, la RDC a besoin de la cohésion interne, d’un plan de développement, de réinventer tout le système qui fait fonctionner le pays.
La RDC doit s’interroger vis-à-vis des plans des partenaires. Le pays doit cesser d’arbitrer les urgences pour cumuler les résultats. Aujourd’hui, le capital, le réseau et l’information font la force des pays riches.
M. Zoellick a pris acte que l’offre de la BM ne se limitera plus qu’au capital mais aussi touchera les connaissances. «Mais, avons-nous des plans, non politiques mais de société ?», s’est-il interrogé.
Il y a nécessité d’insérer les 60 % de Congolais, créer une élite responsable, réduire la part de l’analphabétisme, moderniser l’Etat, moderniser les télécommunications, résoudre les conflits d’intérêt.
Les participants ont réagi à chaud au discours du président de la Banque Mondiale. Très rapidement, on a vu se dessiner deux approches distinctes autour de la question.
Pour les uns, le discours du président Zoellick est courageux si nous voulons suivre le train de l’émergence, très honnête car à la fois il dénonce les hypocrisies et affirme la possibilité des convergences avec la chance de rattraper les pays développés ; révolutionnaire, critique.
Pour d’autres, c’est un vœu pieu, anesthésiant, compatissant, les recommandations sont molles… Il y a risque qu’elles ne se réalisent pas au vu de certaines réformes initiées par les Nations-Unies et du fait que ces analyses sont connues du microcosme congolais.
Pour d’autres encore, ils ont posé le problème de l’opportunité de poursuivre ou pas avec l’aide. D’où, la question de savoir : que deviendrait l’Afrique au cas où elle arrêterait de recevoir l’aide suivant les mécanismes actuels ? Pour cela, ils estiment que la première démarche consiste à redéfinir le concept de l’aide et sa qualité. Il y a nécessité de réajuster l’aide en tenant compte du destin du peuple congolais. Mais, en cas de rupture de l’aide, le Congo va s’adapter, ont indiqué certains participants.
Pour que l’aide soit efficace, il faut la bipolarisation de l’opération. Le bénéficiaire doit préparer une plate-forme d’accueil pour recevoir l’aide. Le cas de l’Europe occidentale et des Etats-Unis avec le Plan Marshall après la Deuxième guerre mondiale. Certains participants ont plaidé pour un saut qualitatif et le renforcement du rôle de l’Etat qui doit être en amont de la prise des décisions. L’Etat doit mettre à contribution deux impulseurs :
- le financement et le budget
- la réglementation
Les participants ont également été interpelés par le rôle que le président de la Banque Mondiale entend voir les femmes jouer dans ce nouveau paysage mondial. « Les femmes constituent 50% de la population mondiale et 40% de la population active à l’échelle de la planète. En Afrique, elles sont les piliers de leur communauté. Elles représentent la majorité des agriculteurs et produisent 80% de la nourriture du continent », a déclaré M. Zoellick.
En RDC, ont-ils indiqué, il faut aider les femmes à sortir de l’obscurité pour participer aux organes de décision pour plus de cohésion et moins d’égoïsme.
TROPICALISER LE DISCOURS
Pour d’autres, il est important de tropicaliser le discours du président de la Banque Mondiale. Il faut créer une économie intelligente, édicter des critères de performances, être capable de se projeter dans le temps, être en mesure des poser des actes durables et cumulables, déterminer nos objectifs.
La RDC a besoin de la cohésion interne, d’un plan de développement, réinventer tout le système qui fait fonctionner le pays. Il faut nous entendre pour lutter contre la corruption. Que l’élite se réveille au-delà des couleurs politiques. La RDC doit s interroger vis-à-vis des plans des partenaires.
De même, il y a nécessité d’insérer les 60 % de populations congolaises, créer une élite responsable, réduire la part de l’analphabétisme, moderniser l’ Etat, moderniser les télécommunications et résoudre les conflits d intérêt.
UN TESTAMENT
Dans son mot de clôture, le Ministre du Plan a remercié la Banque Mondiale et les participants pour la lecture de ce document qualifié de «vœu pieu, honnête, compatissant, anesthésiant…» C’est un testament sur le nouveau rôle de la Banque mondiale. C‘est un testament qui met l’accent sur la nécessité d’une commission entre les donateurs et ceux qui reçoivent l’aide. C’est une amorce à la réflexion.
Il a relevé le fait qu’il n’y a pas eu «de pensée unique». Les participants ont adressé des questions pertinentes sur l’aide. Ila également évoqué la nécessité de poursuivre ce débat dans d’autres cadres. De même qu’une attention particulière devra être accordée aux propositions du président Zoellick, notamment sur les 50 % de femmes qui ne sont pas mieux valorisées, le secteur privé, le monde associatif…
Il a terminé en évoquant le concept d’une révolution stratégique vers un saut qualitatif pour sortir le pays de l’ornière de la crise au lieu de rester indéfiniment à la remorque du développement.
PASSER AUX ACTES
Pour sa part, le Directeur des opérations de la Banque mondiale a indiqué que c’était un honneur pour son institution de recevoir toutes ces personnalités. Le diagnostic a été sans ambages, maintenant il faut passer aux actes avec le groupe de personnalités présentes.
Il faut décentraliser la discussion et la multiplier. Il y a aussi un problème de communication à résoudre notamment entre le Gouvernement et les autres acteurs. Il en est de même des statistiques, car il faut avoir des vrais chiffres pour avoir les bonnes décisions.
Pour lui, les choses faciles doivent être réglées pour s’attaquer aux choses les plus difficile et passer à la compétition internationale. La Banque Mondiale est à la disposition des populations congolaises pour être plus efficace. Dans ce cadre, il annoncé qu’il recevra dans les prochains jours les femmes et les autres forces de la Société civile. Victoire EYOBI
